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Réchauffement climatique : un défi collectif pour l’Humanité
Dans la rubrique : Chiffres et études

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mardi 12 octobre 2004

Réchauffement climatique : un défi collectif pour l’Humanité

Selon Pierre Radanne, à la question du climat s’ajoute un défi énergétique.

1 - Comment décrire le réchauffement climatique ?

Pierre Radanne. - Nous allons connaître, un réchauffement pendant ce siècle de 2 à 6 degrés, selon le principe de fonctionnement d’une véranda : le rayonnement solaire passe à travers la vitre, chauffe, sous la véranda, les objets et l’air qui vont à leur tour émettre une chaleur que la vitre ne laissera pas passer en retour car elle n’a pas la même longueur d’onde. L’effet de serre, c’est le même phénomène à l’échelle de la planète : selon sa composition, l’atmosphère laisse s’échapper le rayonnement émis par la terre réchauffée par le soleil ou joue le rôle de filtre et emprisonne une partie de cette chaleur. Cette question du changement climatique a été identifiée il y a plus d’un siècle et demi. Mais c’est seulement depuis ces dernières décennies qu’on en voit les effets et qu’on a compris le rôle du gaz carbonique dans le réchauffement.

2- 2 à 6 degrés de plus, cela signifie le climat de Nice partout en France d’ici dix ans ?

P.R. - Une perspective agréable... Mais quand la banquise descendait sur une ligne Londres, Amsterdam, Munich, durant la dernière ère glaciaire, la moyenne de température annuelle terrestre n’était que de 5 degrés inférieure à celle d’aujourd’hui. 5 degrés font donc des changements de climat considérables ! Ce que l’on envisage pour ce siècle, si l’on ne fait rien, c’est un changement des conditions d’habitabilité de la planète équivalant à la sortie de l’ère glaciaire. C’est l’ensemble des systèmes forestiers et agricoles, des équilibres biologiques, qui vont être bouleversés, sans parler de la hausse du niveau des océans...

3 - Tous les scientifiques sont-ils d’accord sur ce constat ?en gras

P.R. - Non. Mais la controverse est le moteur de la science ! S’il y a débat et désaccord sur l’amplitude ou les mécanismes d’un phénomène, ça ne veut pas dire qu’on ne doit rien faire. La situation est trop grave pour se payer le luxe de faire des petits travaux pratiques sur l’habitabilité de la planète ! Nous sommes dans le principe de précaution, on doit anticiper et agir.

4 - Que faire alors ?

P.R. - Depuis le début de la révolution industrielle, nous avons augmenté d’un tiers la teneur en gaz carbonique dans l’atmosphère, et nous sommes aujourd’hui confrontés aux limites de la planète. L’homme a changé le climat et il va devoir le gouverner, dans l’unanimité des peuples sur terre, en recherchant un consensus. C’était la démarche du protocole de Kyoto en 1997 : trouver des règles communes pour que le développement de chacun des pays reste compatible avec une stabilité du climat terrestre. En instituant des quotas d’émission de gaz à effet de serre, cet accord n’est qu’un premier pas, par rapport à l’effort qu’on va devoir faire... À l’horizon 2050, la France doit par exemple diviser par quatre ses émissions de gaz carbonique. Au niveau mondial, cela implique d’énormes changements de comportements, de technologies, une refonte profonde du secteur des transports... À cette question du climat, s’ajoute un défi énergétique. La production de pétrole va bientôt entrer en déclin et on entre dans une période durable de prix élevés au fur et à mesure que la ressource va s’amenuiser et que la part de l’humanité qui consomme va s’élargir. Personne n’a un schéma pour assurer l’approvisionnement de l’ensemble de l’humanité, soit 10 milliards d’individus à l’horizon 2050, avec les méthodes actuelles. Il faut développer les énergies renouvelables, inventer un mode de développement qui soit moins prédateur de ressources rares et moins destructeur des équilibres environnementaux. Le principal travail à faire aujourd’hui est un travail d’éducation populaire : on doit tous se mettre en mouvement par rapport à ce défi collectif.

5 - Peut-on marier croissance et lutte contre l’effet de serre ?

P.R. - Si l’on utilisait encore la lampe à incandescence pour s’éclairer, la production électrique française ne suffirait pas à couvrir nos seuls besoins d’éclairage. Toutes nos machines n’ont fait qu’améliorer, depuis 150 ans, leur consommation d’énergie. Le défi que nous pose le changement climatique est d’améliorer ce mouvement et la performance de nos procédés. On a déjà fait de considérables progrès. En France, la croissance économique par habitant sur les trente dernières années a été de 65 %, mais elle n’a exigé une croissance de la consommation d’énergie par habitant que de 8 %. Si l’on avait été un peu plus constants dans l’effort, on aurait déjà inventé une société mariant croissance économique et stabilité totale de la consommation d’énergie.

6 - Vous êtes optimiste ?

P.R. - Volontariste plutôt. Le fait de vivre à 10 milliards d’habitants vers 2050 en se partageant des ressources en voie d’épuisement, alors que certains pays, comme les États-Unis, rechignent à tenir compte de l’intérêt commun de l’Humanité, offre une perspective inquiétante. Ce siècle a donc toutes les chances d’être plus violent dans son rapport à l’énergie que le précédent, qui n’a déjà pas été triste ! Mais l’homme n’a pas un destin suicidaire. Si l’on veut vivre en paix, on va devoir être plus sages...

Propos recueillis par Frank MAUERHAN pour le Journal de Saône et Loire.