Réseau Action Climat France


En Inde, les changements climatiques se sont déjà cruellement fait sentir
Dans la rubrique : Revue de presse

Imprimer cet article
mardi 29 octobre 2002

 :: En Inde, les changements climatiques se sont déjà cruellement fait sentir NEW DELHI, 28 oct (AFP) - L’Inde, qui accueille actuellement une conférence de l’ONU sur le climat, a été durement éprouvée cette année par la conjonction d’une terrible sécheresse et d’inondations meurtrières, dérèglements que des experts attribuent au réchauffement de la planète.

"Nous avons assisté lors de la dernière saison de mousson en Inde (juillet à septembre) à des variations soudaines du climat dans le cadre du réchauffement climatique global qui a déjà profondément affecté le régime des pluies de la région", explique le météorologue R.K Pachauri.

Selon les autorités indiennes, le pays a connu cet été la pire sécheresse de son histoire. Le mois de juillet a été le plus sec, avec un déficit national de 49%, atteignant 70% dans l’ouest de l’Etat désertique du Rajasthan (nord-ouest) et plus de 50% dans les Etats voisins du Punjab et de l’Haryana, greniers à céréales du pays.

Les pluies, vitales pour l’économie de ce pays à l’échelle d’un continent dont 70% des un milliard d’habitants vivent de l’agriculture, ont été particulièrement inégales cette année.

Ainsi, des précipitations diluviennes, les plus importantes depuis quatre ans, se sont abattues sur plusieurs régions du nord-est (notamment le Bihar et l’Assam) et de l’ouest, faisant des centaines de morts et des millions de sans-abri et déplacés.

"Le désastre a déjà commencé en Inde", commente Amit Srivastava, de l’ONG, Corpwatch, qui appelle les nations riches qui polluent le plus l’atmosphère, à "se réveiller", accusant la conférence de l’ONU d’un "manque criminel d’objectif".

"Les plus touchés, en Inde et dans le monde, par les changements climatiques sont les plus pauvres, les fermiers, les pêcheurs, les peuplades indigènes, qui perdent peu à peu leurs moyens de subsistance", souligne-t-il.

En Inde, la sécheresse a détruit des récoltes et empêché des fermiers de planter pour la prochaine moisson d’hiver tandis que les nappes phréatiques ont dangereusement baissé. Les inondations ont noyé des terres arables.

La production de céréales attendue en 2002-3 devrait être 21% inférieure à celle de l’année précédente, selon les estimations gouvernementales. La croissance devrait être affectée.

Au Rajasthan, la sécheresse a provoqué un début de famine, selon la presse. Au moins 42 personnes sont mortes de faim dans le district de Baran, notamment parmi la tribu Sahariya, selon ces sources. Les autorités attribuent ces décès anormalement élevés à des "maladies", sans autre précision.

Le déficit de pluie n’est pas réservé au nord du pays. Dans le sud, le Karnataka a connu les précipitations les plus faibles en trois décennies, ce qui a provoqué le désespoir des fermiers de cet Etat et de l’Etat voisin du Tamil Nadu. La sécheresse a provoqué une crise politique, les deux Etats se disputant le contrôle d’une rivière.

Une récente étude de l’ONU affirme qu’un "nuage brun" de pollution de trois km d’épaisseur couvrant l’Asie du sud pourrait causer la mort prématurée de quelque 500.000 Indiens par an, tout en dérèglant le régime des pluies.

D’autres effets annoncés du réchauffement climatique se manifestent déjà en Inde, souligne R.Sridhar du Réseau indien sur l’éthique et le climat, citant notamment la disparition de certaines espèces de la faune ou de la flore, comme l’anthurium dans l’Himalaya, la multiplication de certains insectes et des maladies qu’ils propagent, la fonte des glaciers himalayens.

L’Inde craint également à plus long terme de voir des milliers de km de ses côtes submergés par la hausse du niveau des océans. La région de Goa (sud) serait particulièrement menacée.

Les écologistes et le gouvernement indien, qui ne veut pas lui-même s’engager sur des quotas de réduction, estiment que les pays industrialisés doivent d’urgence réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, conformément au protocole de Kyoto, rejeté par les Etats-Unis.

Certains Indiens qualifient l’inflexibilité américaine de "CO2-lonialisme" (CO2=gaz carbonique).