Réseau Action Climat France


Les pays du Sud invités à mettre à leur tour en pratique le protocole de Kyoto
Dans la rubrique : Revue de presse

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dimanche 27 octobre 2002

Les pays en développement vont-ils rentrer dans le jeu ? Prendre, à leur tour, des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre ? C’est en filigrane la question essentielle de la Conférence sur le climat qui s’est ouverte à New Delhi le 23 octobre et qui doit s’achever le 1er novembre. La question se pose en raison du paradoxal succès du protocole de Kyoto : en mars 2001, les Etats-Unis avaient annoncé qu’ils se retiraient du traité qui leur enjoint, comme aux autres pays industrialisés, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2010. Ce retrait d’un pays qui rejette 25 % du total mondial des émissions de gaz menaçait de détruire le protocole. Mais la communauté internationale a surmonté l’obstacle, confirmant en juillet 2001 à Bonn la validité du protocole et réglant à Marrakech, en novembre, ses conditions d’application.

La diplomatie de George W. Bush a ainsi échoué : à la date d’aujourd’hui, 96 pays ont ratifié le protocole, dont 26 "parties à l’annexe I", qui ont des engagements concrets et représentent 37 % des émissions de gaz carbonique (le principal gaz à effet de serre) de l’année 1990. Pour que le traité soit effectif, il faut atteindre 55 % des émissions : chose qui sera réalisée quand la Russie aura ratifié, ce qu’elle a promis de faire par les voix du premier ministre, Mikhaïl Kassianov, à Johannesburg le 3 septembre, et de Vladimir Poutine le même jour à Moscou. Le protocole devrait donc entrer en vigueur en 2003.

LE NORD RENACLE

En principe, on ne doit décider des engagements pour la prochaine décennie qu’à partir de 2005. Mais maintenant que le protocole de Kyoto est sur les rails, il faut commencer à voir plus loin : car même si les pays industrialisés représentent de l’ordre de 60 % des émissions de gaz carbonique, les émissions des pays du Sud croissent rapidement, de 3,5 % par an. Si l’humanité veut stabiliser la concentration de gaz réchauffants dans l’atmosphère, il faudra bien que le Sud change lui aussi sa trajectoire. Cependant, les pays en développement arguent de l’inégalité des situations pour repousser l’échéance : en moyenne, ils émettent, par habitant, six fois moins de gaz à effet de serre que les pays du Nord.

Dans ce débat, l’Europe peut arguer de ses efforts : selon les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, elle a réussi à limiter la croissance de ses émissions de gaz carbonique depuis 1990 à 1,5 % (la France, mauvaise élève, a crû de 5,8 %), alors que les Etats-Unis se sont envolés avec une augmentation de 17,4 %. Cependant, même avec un marché d’échange des droits d’émission, que l’Union européenne devrait ouvrir en 2005, elle serait encore, si l’on poursuit la tendance actuelle, au-dessus des objectifs de Kyoto. Quant aux Etats-Unis, ils les dépasseront très largement. Cette perspective pèse évidemment sur les pays du Sud, qui ne voient pas pourquoi ils s’engageraient quand les pays industrialisés renâclent à l’effort.

Ce débat ne devrait cependant pas prendre, à New Delhi, un tour acrimonieux : il s’agit d’une conférence de transition, amorçant la discussion mais sans chercher à la conclure. Les travaux se focaliseront par ailleurs sur des sujets apparemment techniques mais importants pour l’avenir : les experts discuteront de la possibilité d’utiliser les plantations forestières et l’agriculture pour remplir les engagements - les végétaux en croissance "pompent" le gaz carbonique. De même, ils commenceront à concrétiser le " mécanisme de développement propre", permettant de transférer des technologies non polluantes et modernes vers les pays en développement.

Hervé Kempf

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 26.10.02