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Jo’burg. jour 8 : Jacques Chirac en vedette européenne au Sommet de la Terre. Le Monde, 2 sept. 2002
Dans la rubrique : Sommet de la Terre à Johannesburg (2002)

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lundi 2 septembre 2002

La France et l’UE entendent occuper une scène délaissée par les Etats-Unis et la Russie Johannesburg de notre envoyée spéciale

Jacques Chirac est venu en force à Johannesburg. Et même s’il se montre sans grandes illusions sur le résultat final de ce "Sommet mondial du développement durable" qui a vu arriver pour son assemblée plénière, lundi 2 septembre, 103 autres chefs d’Etat, le président de la République a voulu en faire une démonstration d’importance.

La délégation française est ainsi l’une des plus nombreuses de toutes celles qui se pressent dans la capitale économique sud-africaine.

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M. Chirac a personnellement invité à l’accompagner trois ministres, treize parlementaires, une dizaine d’élus locaux, vingt-quatre représentants d’ONG et de syndicats, des responsables de la recherche publique et huit grands patrons parmi lesquels François Roussely (EDF), Gérard Mestrallet (Suez-Lyonnaise des eaux), Louis Schweitzer (Renault) ou Henri Proglio (Vivendi-Environnement). Il a enfin prévu de rester deux jours, jusqu’à mardi soir, alors que la plupart des autres chefs d’Etat ne viennent que quelques heures à Johannesburg.

Sur le fond, bien sûr, M. Chirac ne fait pas de propositions très différentes de celles qu’il a déjà faites en mars à Monterrey (Mexique). Mieux, il juge lui-même que beaucoup de ses propositions - comme la création d’un Conseil de sécurité économique et social ou la création d’une taxe sur les énormes revenus de la mondialisation - sont pour l’heure "irréalistes", du fait notamment de l’hostilité des Américains. Mais, dit-il, "c’est en tapant sur le clou qu’on l’enfonce".

Il fait sans doute aussi l’analyse, à l’instar du premier ministre britannique Tony Blair ou du chancelier allemand Gerhard Schröder, que l’absence, à Johannesburg, du président américain George Bush et de son homologue russe Vladimir Poutine, si elle compromet les résultats concrets du sommet, en fait paradoxalement une tribune politique plus visible pour les Européens.

Ignorant volontairement les désaccords qui divisent depuis trois jours l’Union européenne, les Etats-Unis et les pays du Sud sur les objectifs chiffrés de réduction de la pauvreté et la question des subventions agricoles, M. Chirac a donc opté pour un de ces discours "écolo-humanistes" qu’il tient volontiers aussi bien en France que dans les réunions internationales, depuis deux ou trois ans. Lundi, respectant les cinq minutes réglementaires strictement imparties à chaque chef d’Etat, il a énoncé les "chantiers prioritaires" à ses yeux, devant marier les exigences de protection de l’environnement et les nécessités du développement mondial. Beaucoup de ces propositions reprennent en fait les analyses de divers experts internationaux en écologie ou en développement durable, mais aussi français comme le présentateur-vedette et président de la Fondation Ushuaïa, Nicolas Hulot, l’un des invités personnels du président, ou Laurence Tubiana, directrice de l’IDRI, tous deux largement consultés par l’Elysée dans les semaines ayant précédé le sommet de Johannesburg.

INITIATIVE FRANCO-BRITANNIQUE

Après avoir appelé "les grands pays industrialisés", c’est-à-dire au premier chef les Etats-Unis, "à ratifier le protocole de Kyoto" sur le réchauffement climatique, M. Chirac a repris une proposition déjà lancée à Monterrey : la création d’un "prélèvement de solidarité sur les richesses engendrées par la mondialisation". En privé, M. Chirac se refuse à comparer ce système à la "taxe Tobin" prônée par plusieurs organisations antimondialisation, mais que le président français juge "irréalisable". Une taxation prélevée sur les transports a bien été imaginée, il y a quelques années, mais la crise du transport aérien, après le 11 septembre 2001, paraît l’avoir définitivement compromise.

M. Chirac, se "garde bien", dit-il, de proposer des modalités plus concrètes. En revanche, le président français s’est accordé, lundi, avec Tony Blair pour proposer une initiative commune en matière d’aide au développement. Les deux hommes devaient ainsi proposer un système visant à garantir des investissements privés dans les pays pauvres. La France et la Grande-Bretagne s’engageront à apporter 100 millions de dollars chacune afin de mobiliser 1 milliard de dollars de fonds privés qui iront s’investir sur trois ans dans les pays pauvres.

Sur le plan institutionnel, le président français a redit son soutien à la création d’un "Conseil de sécurité économique et social" qui se chargerait de coordonner la myriade d’organisations internationales (de l’OMS à l’OMC en passant par l’OIT) qui agissent en la matière. Assurant ainsi ce que M. Chirac appelle une meilleure "gouvernance mondiale". Enfin, M. Chirac a annoncé qu’il proposera au G8 l’adoption, lors du prochain sommet d’Evian, en juin 2003, d’une initiative pour stimuler la recherche scientifique et technologique au service du développement durable.

Raphaëlle Bacqué