
Une croissance de 2,2 % par an induirait une hausse des émissions de gaz à effet de serre de 10 %
Le programme national de lutte contre le changement climatique (PNLCC) devra être revu, si la France veut respecter les engagements du protocole de Kyoto. Cette annonce a été faite par le ministère de l’écologie et du développement durable, mardi 26 novembre, à Lyon, à l’occasion de la deuxième conférence de suivi du programme qui se tient dans cette ville mardi et mercredi. Le dérapage des émissions de gaz à effet de serre, notamment de gaz carbonique (CO2), rend en effet difficile l’idée d’un retour au niveau des émissions de 1990, comme notre pays s’y est engagé devant la communauté internationale.
Les rejets du bâtiment, c’est- à-dire de l’habitat et des bureaux (+ 14 %), et plus encore ceux des transports (+ 22 %) expliquent ce pessimisme : ils représentent 47 % des émissions nationales. Globalement, en particulier à cause de la baisse des émissions des secteurs industriel et énergétique, la France a émis en 2001 moins de gaz à effet de serre qu’en 1990. Mais ces progrès sont insuffisants : selon la mission interministérielle de l’effet de serre (MIES), un taux de croissance économique de 2,2 % par an entraînerait, en 2010, une hausse des émissions de 10 %. Gilles Pipien, directeur du cabinet de Roselyne Bachelot, la ministre de l’écologie, a donc annoncé trois priorités : "Le développement des énergies renouvelables, l’amélioration énergétique des bâtiments existants et la maîtrise des émissions du secteur des transports."
RENONCEMENT À L’ÉCOTAXE
Le PNLCC avait été lancé en janvier 2000 par Lionel Jospin. Mais très rapidement le premier ministre en avait abandonné le volet le plus important : une taxe infligée aux pollueurs en fonction de leurs émissions nocives, afin de les inciter à des économies et à des améliorations techniques. Ce renoncement à l’écotaxe a été confirmé par le gouvernement. A la fiscalité, Mme Bachelot a indiqué préférer "un plan sur des engagements volontaires", négociés avec les entreprises (Le Monde du 11 novembre).
Le Réseau action climat - France (RAC-F), qui regroupe des associations impliquées dans la démarche, estime que la France ne fait rien pour tenir ses engagements."Les mesures en place à ce jour ne correspondent toujours qu’à moins de 10 % des mesures proposées dans le PNLCC", estime le RAC-F."La "gonflette" de nos politiciens à l’international devient choquante quand on les voit céder en permanence aux lobbies sur notre territoire", ajoute Laetitia de Marez, de Greenpeace.
A Lyon, M. Pipien a également attiré l’attention sur les investissements massifs effectués par les Etats-Unis dans la recherche technologique en matière d’émissions de CO2. Le dirigeant redoute que ce pays "dispose des technologies qu’il aura brevetées et qu’il nous imposera pour tenir les engagements".
Benoît Hopquin (LE MONDE | 27.11.02 )