
Il y a dix ans, le Sommet de la Terre avait abordé avant tout les problèmes des pays riches. Johannesburg doit se recentrer sur les pays pauvres. Avec des projets concrets.
THE INDEPENDENT
Londres
Une conférence peut-elle changer le monde ? Nombreux sont ceux qui aimeraient le croire tant le Sommet mondial sur le développement durable qui se tient actuellement à Johannesburg suscite l’espoir. Cette conférence à laquelle participent les dirigeants de plus de cent cinquante pays a pour ambition de créer un monde plus juste, plus sain et plus viable. L’importance de telles négociations a été soulignée il y a quelques mois. On commençait alors à se rendre à l’évidence : les conditions climatiques en Europe se dégraderont au cours des cent prochaines années si l’on ne parvient pas à freiner le réchauffement de la planète.
Avec ses quelque 65 000 participants, le Sommet mondial sur le développement durable sera la plus grande réunion diplomatique et internationale depuis le Sommet de la Terre, qui s’est tenu à Rio de Janeiro en 1992. Malgré tout, il risque fort de décevoir. A cause de la commémoration du 11 septembre, la conférence a été avancée d’une semaine pour permettre, entre autres, à George W. Bush d’y assister. Mais ce dernier a fait savoir qu’il n’y participerait pas. Dommage : la présence du dirigeant de l’unique superpuissance mondiale aurait apporté à la conférence et aux traités qui en découleront une légitimité qu’ils n’auront probablement pas. Les Américains, isolationnistes, ne se sentent pas concernés.
Le sommet de Johannesburg est parfois qualifié de Rio + 10. Il doit permettre de comprendre pourquoi nombre des nobles objectifs fixés lors du Sommet de la Terre, il y a dix ans, n’ont toujours pas été atteints. Certes, des décisions ont été prises lors de la conférence de Rio, mais elles concernaient plus l’environnement que le développement. La plus grande réussite fut la négociation du traité sur le changement climatique, qui a abouti, en 1997, à la signature du protocole de Kyoto, contraignant les pays industrialisés à prendre des mesures visant à réduire les émissions des gaz responsables du réchauffement, qui, aux yeux de nombreux chercheurs, constituent la menace la plus sérieuse pour la planète [le traité n’a pas été ratifié par les Etats-Unis, ni par le Canada et l’Australie, entre autres].
Alors que les organisateurs et de nombreux pays en développement espéraient voir le Sommet de Rio aboutir à un engagement des pays riches envers les pays pauvres, il n’en est sorti qu’un gigantesque programme d’action baptisé Agenda 21, qui est resté lettre morte [mis à part quelques exceptions]. Pour la plupart des experts, Rio s’est trop consacré aux problèmes environnementaux des pays riches. Johannesburg doit donc se recentrer sur le développement des pays pauvres. Mais qu’apportera-t-il ? Nombreux sont ceux qui craignent d’assister à un débat stérile où les invités passent en revue les arguments maintes fois évoqués sur la politique d’aide internationale, s’en prennent aux Etats-Unis et diabolisent la mondialisation de l’économie. Tout dépend de l’ordre du jour. Les participants ont proposé d’innombrables thèmes et les ont rassemblés dans un texte préliminaire. Le programme de la conférence est le suivant : les chefs d’Etat et de gouvernement signeront une "déclaration de principes fondamentaux" et prépareront un "programme d’actions de Johannesburg" semblable à l’Agenda 21 de Rio. Enfin, une multitude d’accords de moindre envergure sur des projets concrets seront passés entre les gouvernements, le monde des entreprises, les organisations d’aide humanitaire et les groupes de pression, d’un côté, et les pays pauvres, de l’autre. C’est cette dernière catégorie d’accords - plus connus sous le nom de "partenariats de type 2" - qui pourrait faire de Johannesburg un véritable succès. Il est probable que les grands principes et autres plans d’action resteront sans effet. En revanche, des accords bilatéraux prévoyant, par exemple, la fourniture d’un système énergétique écologiquement viable par une entreprise britannique à un village africain pourraient faire toute la différence. Le gouvernement britannique a ainsi souligné l’importance des partenariats de type 2 et a déjà soigneusement préparé son ordre du jour, centré sur l’éradication de la pauvreté, le continent africain, l’énergie économiquement viable et l’accès des pauvres à une eau propre. Johannesburg peut déboucher sur de vraies avancées, mais celles-ci reposeront probablement sur des accords moins ambitieux, négociés en marge de la conférence, visant à améliorer le sort des pauvres. Quant aux professions de foi grandiloquentes et pleines de bons sentiments, le monde étant ce qu’il est, elles risquent de ne pas déboucher sur grand-chose.
Michael McCarthy