
Réseau Action Climat, 2 mai 2001
Taxation de l’énergie : Une mesure indispensable pour lutter contre l’effet de serre
Dans une lettre dévoilée lundi 30 avril par le quotidien La Tribune, Laurent Fabius appelle à abandonner la taxation de l’énergie, prévue par le Programme national de lutte contre le changement climatique (PNLCC) et officiellement toujours défendue par le gouvernement.
Cette taxation représente 40 % des réduction d’émissions attendues du PNLCC. Aussi, son abandon signifierait de fait le renoncement à l’objectif de ce programme, à savoir le respect par la France de ses engagements pris au titre du Protocole de Kyoto. La mesure défendue par Bercy, l’établissement de contrats État-entreprises, a déjà été mise en place en France à partir de 1995, et a clairement échouée. Il n’existe aucune raison pour qu’elle devienne soudainement efficace. A l’heure où une partie de la population française souffre durement des inondations, rappelons que les modèles climatiques annoncent une hausse des précipitations de 1 à 2 mm/jour en France en hiver et au printemps, à cause des émissions de gaz à effet de serre. Si Laurent Fabius l’emporte, les prochaines victimes des inondations pourront à juste titre accuser Paris de les avoir sacrifiées à des intérêts particuliers.
De plus, l’abandon de la taxation de l’énergie par le gouvernement isolerait la France de ses principaux partenaires européens à l’heure où la taxe britannique sur l’énergie (Climate Change Levy) entre en vigueur et où l’Allemagne met en œuvre une augmentation significative des taxes sur les produits pétroliers, échelonnée sur la période 1999-2003. Depuis le début de l’année 2000, la ministre de l’Environnement, le Premier ministre et le Président de la République ont continuellement affirmé la volonté de la France de jouer un rôle de chef de file dans la lutte contre le changement climatique. Sans relance d’une taxation de l’énergie, la crédibilité de la France au sein des Nations-Unies serait grandement remise en cause.
Notre pays ne pourra durablement fustiger l’irresponsabilité de George W. Bush sans réduire ses propres émissions. Le Premier Ministre est donc au pied du mur. A lui de choisir entre satisfaire les revendications du MEDEF, dont Laurent Fabius se fait aujourd’hui le porte-parole, ou bien faire participer la France à l’effort international concerté contre le changement climatique.
NOTES :
1 - Le Réseau Action Climat regroupe les principales associations françaises opposées au changement climatique, dont Agir pour l’environnement, les Amis de la Terre, le Comité de Liaison des Énergies Renouvelables, la FNAUT, France Nature Environnement, Greenpeace-France, le Réseau sortir du nucléaire, WWF-France.
2 - Cf. l’évaluation du Centre d’économie de l’École des Mines de Paris. M Chidiak, Voluntary agreements, implementation and efficiency, French country study, mars 2000, http://www.akf.dk/VAIE/pdf/taskC_fr....
3 - Mission interministérielle de l’effet de serre, Impacts potentiels du changement climatique en France au XXIe siècle, disponible sur http://www.effet-de-serre.gouv.fr/f...