
Sandrine Mathy : "La nécessité d’un contrôle rigoureux est forte"
La
présidente du Réseau Action Climat France analyse les enjeux de la
prochaine Conférence internationale de l’ONU sur les changements
climatiques.
Qu’attendez-vous de la Conférence internationale de l’ONU sur les
changements climatiques qui débute lundi à Nairobi (Kenya) ?
Lors des négociations du protocole de Kyoto, George Bush avait refusé de s’ engager car il disait que le mode de vie des Américains n’était pas négociable. Or, la publication du rapport Stern en Grande-Bretagne lance un message fort pour agir sans attendre. Pour la première fois, un rapport prend en compte le phénomène du réchauffement climatique sous tous ses aspects, notamment son coût. Face à la perspective d’une crise économique de grande ampleur évoquée par le rapport, on espère que des pays comme les Etats-Unis et l’Australie s’engageront à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), aussi pour sauvegarder leur mode de vie.
Concrètement quel effort de réduction des GES est nécessaire pour contraster le réchauffement climatique ?
L’objectif de l’Europe est que le réchauffement de la planète reste inférieur à + 2°C par rapport à la moyenne des températures de 1900. Aujourd’hui on est à + 0,6°C et selon les prévisions, si rien n’est fait, en 2100 nous serons à + 6°C . Pour atteindre leur objectif, les pays industrialisés doivent diviser par quatre leurs émissions de GES d’ici 2050. En France, la loi d’orientation sur l’énergie de 2005 s’engage à le faire. Mais nous pensons que 2050 est une échéance trop longue par rapport à la durée des mandats politiques et souhaitons que l’on fixe l’objectif à moyen terme de réduire les émissions de GES de 30 % au niveau européen pour 2020.
Quelle place pour les pays en voie de développement dans ce système ?
Il est difficile d’obtenir des engagements de la part des pays en voie de développement, car ils ne veulent pas hypothéquer leurs chances de croissance économique. L’un des gros problèmes est par exemple l’ utilisation du charbon dont la Chine et l’Inde sont riches et qui représente une source d’énergie bon marché, mais très polluante. Au même temps, viser à investir dans les énergies renouvelables permet de se défaire de la dépendance pétrolière. Le protocole de Kyoto a mis en place le Mécanisme pour un Développement Propres (MDP) qui permet à des investisseurs de réaliser des projets dans les pays en voie de développement avec le double objectif de réduire les émissions de GES du pays hôte et de contribuer à son développement économique durable. En retour, l’investisseur, publique ou privé, reçoit des Unités de Réduction Certifiée des Emissions (REC) égales aux réductions réalisées, qu’il pourra comptabiliser pour remplir son propre engagement de réduction d’émissions.
Comment s’assurer que ces projets remplissent les deux objectifs de
réduction des GES et contribution au développement ?
Sous l’égide de la Convention climat de l’ONU, un conseil exécutif évalue le projet en comparant un scénario avec le projet en question et un scénario sans. Pour que ce bureau puisse fonctionner correctement, les pays industrialisés doivent répondre au plus vite aux engagements pris pour son financement. La nécessité d’un contrôle rigoureux est forte car la période de Kyoto commence en 2008 et avec elle le marché des crédits carbone. Les investisseurs peuvent essayer de détourner les règles pour obtenir un maximum de crédits avec des projets qu’ils auraient réalisé quand même. En 2002, le WWF a lancé le Gold Standard, un système d’évaluation des MDP plus rigoureux de celui du Conseil exécutif pour mettre l’accent sur le principe de qualité des projets.
Quels sont les bénéfices pour les pays en voie de développement ?
Le but du Mécanisme pour un Développement Propre est d’encourager les investissements dans les pays en développement afin de favoriser le transfert de technologies respectueuses de l’environnement et de promouvoir le développement durable. Mais beaucoup reste à faire. Si vous regardez une carte des MDP dans le monde, vous verrez qu’ils se concentrent en Asie et en Amérique latine. L’Afrique reste largement exclue des projets et il est difficile de renverser la tendance lorsque ce sont les investisseurs qui choisissent la destination de leurs fonds.
02-11-2006 Nadia Loddo Metro France
http://www.metrofrance.com/fr/artic...
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