
Réchauffement climatique - Une conférence sur le climat pour rien ?
Au Kenya, les Masaïs s’estiment les premières victimes du réchauffement. Les femmes passent leur temps à chercher de l’eau. Réunis à Nairobi, 163 pays vont se quitter, ce soir, sans avoir trouvé un avenir au protocole de Kyoto. Les pays en développement soulignent la responsabilité des « riches » dans le réchauffement.
Et après 2012 ? À la veille de se séparer, après dix jours de discussions, les participants à la conférence ont, hier, renvoyé à plus tard les négociations sur « l’après-Kyoto ». En ratifiant le protocole, l’Europe et 35 autres pays industrialisés ont accepté une réduction de 5 % de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), avant 2012. Et après ? Cela devait faire l’objet des discussions. Manque de temps, disent les uns. Manque de volonté politique, disent les autres. Les organisations écologistes comme WWF ou Rac (Réseau action climat) s’alarment : signé en 1997, le protocole n’a commencé à être appliqué qu’en 2005...
Les pays en développement sur la réserve. Mercredi, la Chine a annoncé la couleur : pas question de s’engager sur des réductions de ses émissions de GES après 2012. Le protocole de Kyoto n’est pas contraignant pour les pays en développement. Ces pays, réunis au sein du « groupe des 77 », soulignent la « responsabilité histori-que » des « riches » dans le réchauffement et revendiquent leur aide pour continuer à se développer. Toutefois, les pays émergents commencent à peser lourd. Les émissions de la Chine, de l’Inde et du Brésil devraient doubler dans les vingt prochaines années. Deu-xième émetteur de gaz carbonique (CO2) derrière les États-Unis, la Chine ne tardera pas à passer en tête. C’est l’une des raisons invoquées par George Bush pour ne pas ratifier le protocole.
Kyoto : un programme minimal. Difficile à faire adopter, long à démarrer, le protocole marque, certes, un premier pas essentiel, mais apparaît insuffisant. Les émissions globales de CO2, principal gaz à effet de serre cause du réchauffement, continuent de grimper. L’Union européenne juge qu’avec une augmentation de 2°C des températures moyennes, la Terre deviendrait ingérable.
Pour rester sous cette barre, estime le Réseau Action Climat, « les pays industrialisés doivent réduire leurs émissions de 80 % d’ici à 2050 ».
Une « menace globale ».
Des débats persistent sur les causes, des interrogations subsistent sur les conséquences. Une chose est sûre : le réchauffement a commencé. Depuis 1900, le thermomètre mondial est monté de 0,7° C. La cadence semble s’accélérer, tandis que se multiplient les phénomènes climatiques extrêmes (tempêtes, sécheresses, inondations, etc. ) « Le changement climatique n’est pas qu’un enjeu environnemental, a prévenu Kofi Annan, le secrétaire général de l’Onu. Il s’agit d’une menace globale » à la sécurité et à la paix. Au même titre que les conflits, la pauvreté.
Un gouffre économique.
Rendu public le 30 octobre, le rapport de Nicholas Stern a fait l’effet d’une bombe. L’ancien économiste en chef de la Banque mondiale évalue l’impact économique potentiel du réchauffement. Si on continue sur notre lancée, les conséquences coûteront entre 5 et 20 % du produit intérieur brut mondial à l’horizon 2100. Alors qu’une lutte efficace contre les émissions de GES ne demanderait « que » 1 %, soit 270 milliards d’euros. Une autre étude, présentée mardi par l’Onu, estime qu’en totalisant les pertes économiques, les risques climatiques pourraient coûter jusqu’à 1 000 milliards de dollars par an, d’ici à 2040. Pour mémoire, l’ouragan Katrina (2005) a laissé en Louisiane une facture de 120 milliards de dollars.
Bush pris à contrepied.
L’ampleur de cette potentielle catastrophe économique devrait, en principe, ébranler le président américain. Son souci de préserver l’activité économique était l’autre raison justifiant son refus de ratifier le protocole de Kyoto. Pas question de lever le pied sur la consommation de pétrole, gaz et charbon, que l’Amérique brûle sans mesure. Depuis 1990, ses émissions de CO2 ont augmenté de plus de 15 %.
Les Masaïs en première ligne. Venus en voisins, des Masaïs ont interpellé les participants à la Conférence. Ce peuple d’éleveurs (500 000 au Kenya et 3.5 millions en Tanzanie) réclame une aide urgente. Ils s’estiment « les premières victimes » du réchauffement. La pluie manque depuis trois ans. Les animaux meurent, les enfants ne vont plus à l’école et les femmes passent leur temps à chercher de l’eau. Pourtant, ils n’ont pas d’industries, ne roulent pas en 4x4 et ne prennent pas l’avion. Le réchauffement, ils n’y sont pas pour grand-chose.
Serge POIROT Ouest-France du vendredi 17 novembre 2006
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