Dire que 5 millions de tonnes de CO2 ont été économisées grâce à la substitution du gasoil par du Diester® en France en 2010, c’est faire fi des résultats de l’étude Ademe-BioIS, qui souligne que
le changement d’affectation des sols peut annuler le bilan gaz à effet de serre des agrocarburants [
1]. BIO IS pour l’Ademe, le MEEDDM, le MAAP et FranceAgriMer., dénonce Diane Vandaele du Réseau Action Climat France.
Dans son estimation, Sofiprotéol ne prend pas en compte le fait qu’en 2010, les huiles végétales transformées pour un usage énergétique représentaient l’équivalent de 109% des graines oléagineuses récoltées en France [
2]. La production française d’huile végétale étant détournée de l’alimentation pour produire des agrocarburants, les industries agroalimentaires importent des huiles de pays tiers, notamment de l’huile de palme, avec pour conséquence la conversion dans ces pays de forêts, prairies, tourbières ou zones humides en terres agricoles.
L’expansion des terres agricoles dans les pays tropicaux se fait à plus de 80% au détriment des forêts, rappelle Jérôme Frignet, pour Greenpeace. Ce changement d‘utilisation des sols provoque des émissions de CO2 considérables et l’utilisation de Diester® en substitution au gasoil, au lieu de réduire les émissions de gaz à effet de serre, pourraient les augmenter d’approximativement 8 millions de tonnes d’équivalent CO2 [
3] !
Selon Antoine Bouhey de Peuples Solidaires,
pour consommer 10% d’agrocarburants dans les transports européens d’ici à 2020, il faudra nécessairement accaparer des terres dans les pays du Sud pour produire de l’huile destinée aux agrocarburants ou à satisfaire la demande alimentaire européenne. Ainsi, au Kenya ce n’est que grâce à la pression citoyenne [
4] qu’une entreprise privée italienne s’est vue interdire l’installation d’une production d’agrocarburant à destination du marché européen sur 50 000 hectares de forêts et terres utilisées par les communautés locales.
Pour Christian Berdot des Amis de la Terre,
la demande européenne en agrocarburants participe fortement à la hausse des prix alimentaires et provoque la spéculation qui s’ensuit. Ce cycle infernal ne sera brisé qu’en diminuant radicalement notre gaspillage énergétique. Tant pis si Sofiprotéol perd sa poule aux œufs d’or, l’environnement et les peuples du Sud, eux, s’en porteront mieux !
Sofiprotéol, qui souhaite verdir sa filière Diester®, doit replacer le développement des agrocarburants français dans un contexte mondialisé, où, à consommation d’huile végétale croissante, le jeu de vases communicants s’opère avec des impacts environnementaux et sociaux dramatiques.