
NAIROBI : UN SOMMET ATTENTISTE
Très attendue, après la surprise survenue l’an passé à Montréal, la conférence de Nairobi n’a pas tenu toutes ses promesses. Rappel des principaux sujets abordés.
Rarement, les délégués d’une conférence sur le changement climatique auront été plus en décalage avec la société mondiale. Alors que le prochain rapport du GIEC devrait confirmer la responsabilité humaine dans le renforcement de l’effet de serre, que les économistes, tels Nicholas Stern ( cf. Enerpresse n°9198), l’AIE ( cf. Enerpresse n°9195), la Banque mondiale, le PNUE, les chefs de gouvernements, sans oublier lesO.N.G. ne cessent d’appeler à une rapide « décarbonisation » de notre société, il ne s’est rien passé à Nairobi. Ou presque. Les enjeux de cette COP-MOP 2 étaient pourtant d’importance. Dans la foulée de Montréal ( cf. Enerpresse n°8969), ce sommet devait décider de la suite à donner au processus climatique mondial : post-2012, évolution du régime des MDP. Sans oublier quelques questions annexes.
2% des MDP en Afrique
Sur le plan des MDP, une décision a été prise. Si personne ne sait encore qui gérera le fonds d’adaptation (en tout cas pas un pays n’ayant pas ratifié Kyoto, donc pas les Etats-Unis), les règles de cette institution, qui prélèvera une taxe de 2% sur les URCE pour financer des projets d’adaptation dans les pays pauvres, existent désormais.
Reste à savoir si les fonds ainsi collectés seront suffisants. « Selon un rapport de la Banque mondiale, explique Morgane Creach du Réseau Action Climat, le fonds d’adaptation pourrait collecter entre 250 et 600 millions de dollars par an. D’un autre côté, les besoins de financement de projet d’adaptation s’éléveraient de 10 à 40 milliards de dollars par an. »
Les pays européens espéraient beaucoup que la capture et la séquestration du carbone soient intégrées dans le dispositif des MDP. Aucun rejet définitif n’a certes été prononcé, mais il faudra attendre la prochaine COP-MOP pour être fixé. Première conférence climatique à se tenir en Afrique sub-saharienne, Nairobi fut l’occasion de rappeler que l’Afrique n’intéresse pas les promoteurs de « flex-mex » (2% y sont réalisés). Ce qui n’a pas empêché la France de signer un accord bilatéral avec le Gabon et la Corée du Sud. En attendant de conclure un accord avec le Sénégal dans les jours qui viennent. Certes, sous l’impulsion de son secrétaire général, Kofi Annan, l’ONU a lancé le « cadre de Nairobi », une initiative visant à rendre les pays les plus pauvres plus attractifs aux yeux des investisseurs. Mais comment investir dans des projets de production d’énergie propre dans des régions dont les besoins énergétiques sont des plus modestes ?
Réduire de moitié les émissions mondiales
Autre question non vraiment résolue : l’avenir des projets de destruction de HFC 23. Pour un faible coût d’investissement, ces opérations génèrent de très importants volumes d’URCE. Engendrant, de fait, d’importants risques de déstabilisation du marché mondial des crédits d’émissions. Pour y pallier, un fonds, alimenté par une autre taxe sur ces projets, pourrait voir le jour.Mais pour ce faire, il faudra convaincre la Chine qui espère attirer plus d’un milliard de dollars de l’étranger pour détruire ses émissions d’hydrofluorocarbones.
En définitive, la seule réelle avancée de la conférence kenyane fut l’accord sur la nécessité de réduire de moitié des émissions mondiales de GES. « Certes, souligne François Bordes, le conseiller technique de la ministre de l’Ecologie et du développement durable, aucune échéance n’a été fixée, mais la fixation d’un tel objectif était encore tabou, l’an dernier, à Montréal. »Une décision qui devrait un peu rassurer les investisseurs de MDP et de MOC, ainsi que les pays hôtes des projets. Parallèlement, les délégués ont abordé certaines questions inédites. Dans un discours lu par Nelly Olin, le président Chirac a proposé l’instauration au niveau mondial de la fameuse « taxe Cambridge », qui frapperaient aux frontières les produits de pays non « climatiquement » corrects. Soutenu par la Suisse, et plus tièdement par la Commission, ce projet a été voué aux gémonies par les Etats-Unis et l’Australie. La Russie, de son côté, a souhaité que les pays « non annexe 1 » puissent prendre des engagements volontaires mais non contraignants de réduction d’émissions. Une proposition surprise dont on reparlera sans doute au cours des prochains mois.
Valéry Laramée de Tannenberg LUNDI 20 NOVEMBRE 2006 ENERPRESSE N° 9203