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« Le protocole de Kyoto doit évoluer », par Cédric Philibert, de l’AIE
date 13 novembre 2002
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Cédric Philibert, de l’Agence internationale de l’énergie : « Le protocole de Kyoto doit évoluer »

Par Vittorio DE FILIPPIS

mercredi 23 octobre 2002

« Il y a beaucoup trop d’incertitudes pour qu’on décide des niveaux d’émissions de CO2 sur cent ans ! » édric Philibert, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), s’interroge, à l’occasion de l’ouverture de la conférence de New Delhi, sur l’opportunité d’une modification du protocole de Kyoto (1).

L’AIE veut modifier le protocole de Kyoto qui n’est pas encore entré en vigueur. Est-ce à la demande des Américains, qui avaient rejeté Kyoto ?

Non, nous pensons que le protocole est un accord remarquable. Mais qu’il devra évoluer pour aider tous les pays à s’engager encore plus après 2012, l’échéance des engagements de Kyoto. Stabiliser la concentration de gaz carbonique (CO2), par exemple, nécessitera de diviser par deux les émissions mondiales au cours des prochaines décennies. Il faudrait y parvenir en trente à cinquante ans pour atteindre une concentration de CO2 relativement basse et limiter les dégâts des changements climatiques. Or l’évolution de la consommation d’énergie laisse plutôt prévoir un doublement des émissions mondiales dans ce laps de temps...

Mais vous dites qu’on ne peut pas fixer un objectif de très long terme en matière de concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

En effet, il y a beaucoup trop d’incertitudes pour qu’on décide des niveaux d’émissions sur cent ans ! Ce que nous proposons, c’est de fixer des objectifs plutôt ambitieux tout en plafonnant le coût de l’effort. On devrait définir un prix plafond, quitte à le revoir de temps en temps. Si les réductions d’émissions pour atteindre les objectifs deviennent plus coûteuses que ce prix, on acceptera qu’il y ait un peu plus d’émissions. Concrètement, les gouvernements seraient autorisés à mettre sur le marché des permis d’émissions supplémentaires, au-delà des quotas nationaux, à un prix fixe.

Et si les quotas sont dépassés, c’est tant pis pour le climat ?

Les dépassements éventuels seront limités du fait du prix qu’il faudra payer pour acheter les permis supplémentaires. Et ce qui compte pour le climat, c’est l’accumulation des gaz à effet de serre sur le long terme, pas les émissions instantanées ni même annuelles. En revanche, cela peut jouer sur les coûts de réduction d’émissions. Plafonner ce coût, c’est rassurer les gouvernements, et c’est donc faciliter l’adoption d’objectifs ambitieux. Tant mieux pour le climat !

Vous voulez aussi mettre les pays en développement dans le coup. Mais la responsabilité d’agir n’incombe-t-elle pas d’abord aux pays riches, principaux émetteurs de CO2 ?

Oui, mais les émissions des pays en développement vont croître fortement dans la première moitié de ce siècle. Attendre que les Indiens ou les Chinois deviennent aussi riches que nous pour commencer à ralentir la croissance de leurs émissions ne permettra pas de maîtriser les changements climatiques.

Les pays en développement ont des problèmes plus urgents !

Bien entendu. Il faudrait leur proposer des objectifs d’émissions très proches des besoins liés à leur croissance économique, et non contraignants !

On ne voit pas très bien à quoi cela pourra servir...

Il s’agit de fournir une incitation positive à réduire les émissions, mais sans menacer le développement économique. Un pays en développement qui fera mieux que son objectif pourra vendre un surplus de droits d’émissions. En revanche, s’il n’y parvient pas, il ne sera pas tenu d’en acheter, il ne sera donc pas pénalisé. Au lieu de freiner la croissance, on accélère la modernisation industrielle.

Vous voulez étendre aux pays en développement les échanges de permis, prévus dans le protocole entre les seuls pays développés. Cela peut-il être équitable ?

Jusqu’à maintenant, on a justifié les permis par le seul argument économique : ils permettent de réaliser les réductions d’émissions là où elles coûtent le moins. Mais il faut dire aussi qu’ils sont bons pour l’environnement, quand il s’agit d’affaire de longue haleine où l’on redéfinit régulièrement les objectifs. Enfin, les permis peuvent favoriser l’équité, car ils permettent de séparer le lieu de l’action - un pays en développement - de son financement. Le génie de Kyoto, ce sont les permis !.

(1) « Beyond Kyoto - Energy Dynamics and Climate Stabilisation » (« Au-delà de Kyoto - La dynamique de l’énergie et la stabilisation du climat ») de Cédric Philibert et Jonathan Pershing, OCDE/AIE.

http://www.iea.org