
Posté par : Uneterre.net, le 09-10-2002
Rien de tel que la peur du porte-monnaie pour réveiller les banques et les compagnies d’assurance : les membres de l’Initiative* des institutions financières du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) viennent de publier un rapport qui indique que la mauvaise prise en compte du changement climatique va coûter 150 milliards par an pendant au moins dix ans si la politique des institutions financières continue de sous-évaluer les conséquences des pertes dues aux catastrophes naturelles.
D’après les experts du PNUE, ces pertes « semblent doubler » tous les dix ans soit une ardoise d’un billion de dollars rien que pour les 15 dernières années. Pour le PNUE, trop peu d’institutions financières réagissent efficacement. Le rapport intitulé « Climate Change and the Financial Services Industry » affirme même que les « conséquences économiques des catastrophes naturelles induites par le changement climatique pourraient ruiner les marchés boursiers et les places financières du monde ». Les assureurs et les réassureurs risquent de plus en plus la faillite face à la fréquence de plus en plus élevée des événements climatiques dramatiques combinée à des coûts sociaux importants et à la menace d’une instabilité sociale.
La solution prônée par les Onusiens pour limiter ce risque est bien connue mais toujours pas appliquée : il suffirait que chacun lutte efficacement contre l’effet de serre responsable des dérèglements climatiques en réduisant les émissions des principales sources de gaz à effet de serre (GES), principalement en diminuant la consommation des énergies fossiles polluantes.
En attendant que cette politique soit menée au niveau international et qu’elle produise ses premiers effets, les experts du PNUE encouragent les institutions financières à mieux appréhender le problème et à se protéger du risque climatique.
Le rapport du PNUE invite les institutions financières à s’aider des 26 billions de dollars d’actifs qu’elles gèrent actuellement pour « exercer une influence majeure sur le développement économique futur... et par conséquent sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre ». Ces pressions du monde financier pourraient booster la ratification de grands traités internationaux comme le protocole de Kyoto ou faciliter le développement des nouveaux marchés d’émissions de gaz à effet de serre.
Le programme mis au point par le PNUE recommande « de pousser les assureurs et réassureurs à prendre davantage en compte les risques liés aux phénomènes climatiques dans les polices d’assurance, et à instaurer des partenariats public/privé dans les domaines à risques élevés, afin de maintenir la couverture ».
Les projets encourageant l’efficacité énergétique ou l’utilisation de combustibles propres doivent être favorisés par les banques commerciales. Les caisses de retraite qui gèrent des fonds d’actifs doivent privilégier les investissements « verts » et réclamer de meilleures informations sur les émissions de GES de la part des entreprises dans lesquelles elles investissent. Cela devrait marquer le début d’un fort développement des organismes de conseil et de notation environnementale. Les gouvernements sont également appelés à la rescousse. Le PNUE souhaite que ceux-ci s’engagent « de façon claire sur la façon d’atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre », en instituant notamment des « incitations économiques favorisant les investissements dans les programmes d’énergie propre, la recherche et le développement d’énergies propres ».
Les conclusions de ce rapport seront officiellement présentées aux gouvernements lors du prochain cycle de négociations sur le changement climatique qui devrait se dérouler à New Delhi (Inde) du 23 octobre au 1er novembre prochain.
*L’Initiative des institutions financières du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) est un partenariat unique en son genre rassemblant les experts du PNUE et 295 banques et compagnies d’assurance et d’investissement. Le rapport « Climate Change and the Financial Services Industry » a été réalisé par Innovest Strategic Value Advisors, Richmond Hill, Toronto, Canada, sous la direction du PNUE, groupe de travail sur le changement climatique des institutions financières qui comprend : Andlug Consulting ; Citigroup ; Corporacion Andina de Fomento ; Dresdner Bank AG ; Gerling Sustainable Development Project GmbH ; Munich Reinsurance Company ; Prudential ; SAM Sustainable Asset Management ; et Swiss Re.
Le rapport complet est accessible en format PdF à l’adresse suivante : 09 octobre 2002 - uneterre.net URL : http://www.unepfi.net