
Le bilan du plan climat après un an n’est pas satisfaisant
"LE MONDE" Gaëlle Dupont
14 novembre 2005
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_...,40-0@2-3228,50-709927,0.html
Les canicules et des sécheresses plus fréquentes, plus longues, génératrices
d’une hausse de la mortalité en été. Une couverture neigeuse maigre en hiver
et des glaciers alpins en recul. Des forêts perturbées, une géographie
touristique modifiée, une agriculture bouleversée par la remise en cause de
la notion de terroir... Telles seront les conséquences pour la France du
réchauffement climatique à l’œuvre, selon un rapport rendu public jeudi 10
novembre.
A la demande de Greenpeace France, d’éminents spécialistes du climat (notamment les chercheurs Jean Jouzel et Hervé Le Treut) ont appliqué différents scénarios - entre 2 et 3,5º C de plus d’ici à 2100. Si, par exemple, la température moyenne augmentait de 3º C, un été sur deux en fin de siècle serait au moins aussi chaud que l’été 2003 (cette étude est consultable sur le www.impactsclimatiquesenfrance.fr).
Pour faire face au réchauffement climatique, la France a lancé un plan d’action en juillet 2004. Le bilan de la première année doit être établi lors du rendez-vous climat des 14 et 15 novembre. A cette occasion, un rapport a été réalisé par la Mission interministérielle de l’effet de serre (MIES). Rappelant que, dans le cadre du protocole de Kyoto, l’objectif de la France est de stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2010 à leur niveau de 1990, ce rapport dit qu’à ce sujet, "l’urgence s’impose. Les projections réalisées pour 2010 confirment la réalité de l’effort à réaliser dans tous les secteurs." Sans parler de la division par 4 des émissions en 2050, objectif à long terme fixé par le gouvernement. Le texte ne cache pas "les insatisfactions" liées à ce premier bilan "forcément fragile". Les mesures concernent les secteurs émetteurs (industrie, énergie, déchets, agriculture et forêts...), avec un accent sur les transports et le bâtiment, dont les émissions en forte croissance sont jugées les plus préoccupantes.
"MESURETTES"
L’exemple du secteur des transports témoigne des difficultés rencontrées. Les seuls progrès enregistrés résultent de l’application de la réglementation... sur la sécurité routière. En faisant respecter les limitations de vitesse, elle a entraîné une baisse de la consommation de carburants. Malgré son efficacité dans la lutte contre les émissions, "la réduction de la vitesse autorisée sur les autoroutes se heurte à l’hostilité d’une bonne partie des usagers", note la MIES. Quant au projet de bonus-malus lié aux émissions de CO2 des véhicules neufs, il a été abandonné et remplacé par une taxe à l’impact limité sur la carte grise des voitures haut de gamme.
Le gouvernement souhaite sensibiliser les acheteurs de véhicules par la généralisation d’une "étiquette CO2". Des mesures fiscales encouragent l’achat de véhicules propres. "Il ne serait pas pertinent de laisser penser aux citoyens (...) que chercheurs et ingénieurs pourront résoudre le problème à leur place", note cependant la MIES, qui insiste sur "une indispensable baisse de la demande de transports". La répartition des parts de marché entre transports individuels et collectifs, mais aussi entre le rail et la route pour les marchandises, sont les leviers d’action pertinents, selon le texte.
Le Réseau Action Climat (RAC), collectif d’associations de défense de l’environnement, parle de "mesurettes". "Le plan était vide au départ, le bilan est maigre, note Laetitia de Marez, chargée de la campagne climat chez Greenpeace. Nous sommes toujours dans l’aménagement de la tendance actuelle, alors qu’il faut changer de braquet."
Article paru dans l’édition du 15.11.05