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Le CO2 va devenir une marchandise
date 21 mai 2003 documents joints 1 document joint
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Pour s’attaquer aux gaz qui réchauffent le climat, on envisage de lancer un commerce de « crédits d’émissions », qui devrait encourager une production plus propre. En ratifiant le Protocole de Kyoto, la Suisse accédera au marché rédempteur des permis de polluer. José Romero (OFEFP) et Daniel Wermus

« Si tu ne peux pas l’éliminer, utilise-le ! »

Le CO2 pourrait ainsi devenir un produit phare du commerce mondial... ou même une monnaie d’échange. Le marché des « permis de polluer » se met peu à peu en place, avec un principe simple : faire tourner le moteur du profit pour encourager la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Après les accords de Marrakech en novembre 2001, les règles du jeu se précisent. En Suisse, la ratification du Protocole de Kyoto devrait être soumise au Parlement cet automne. Elle complétera un processus mis en route par la loi sur le CO2, en vigueur depuis le 1er mai 2000. Elle confirmera aussi le rôle important joué par notre pays dans les négociations internationales sur l’environnement (cf. l’article consacré à Beat Nobs sur la diplomatie verte p. 9). Quant à l’économie suisse, elle restera étroitement associée à la réduction des émissions.

Le marché du carbone

« Si vous pouvez négocier du blé, vous pouvez négocier du carbone », affirment les courtiers de Wall Street. Les objectifs de réduction des émissions ont été fixés à Kyoto pour les pays industrialisés (voir encadré). Pour les atteindre, un pays et ses entreprises ont des moyens classiques : innovations techniques, économies d’énergie, rationalisation, lutte contre le gaspillage, etc. Mais ils peuvent aussi acheter à d’autres (plus performants) des « crédits d’émissions ». Le pays A, bon élève, produit moins de CO2 que son quota ; il pourra vendre ses droits d’émissions non utilisés au pays B, qui peine à atteindre ses objectifs. Les pays développés peuvent aussi gagner des crédits en aidant leurs voisins ou des pays pauvres à réduire leur pollution. Le commerce des permis de polluer, qui doit formellement entrer en vigueur en 2008, est déjà une réalité. Il pèsera bientôt 200 milliards de dollars par an, estime Natsource, une société de courtage spécialisée en énergie et environnement.

Les Etats-Unis, premier pollueur mondial avec 25% des émissions de CO2, en seront exclus, puisqu’ils se sont retirés du processus de Kyoto. Pour ne pas être pénalisées, les entreprises américaines songent à mettre en place leur propre système, à l’image du marché au dioxyde de souffre qui avait permis, dans les années 90, de réduire les pluies acides.