
TROIS QUESTIONS au climatolgue Jean Jouzel
PARIS, 19 fev (AFP) - La France n’échappera pas au changement climatique même si la communauté internationale prend des mesures "drastiques" de lutte contre l’effet de serre, estime le climatologue français Jean Jouzel, en marge d’une réunion à Paris du groupe d’experts de l’ONU sur le climat.
Q : Quelles seront les conséquences du changement climatique ?
R : En France en 2100, une des conséquences les plus visibles du changement climatique sera une diminution de la surface des glaciers alpins. Les saisons d’enneigement devraient être plus courtes. Les stations de ski de moyenne altitude auront de moins en moins de neige.
L’élévation moyenne de 50 cm du niveau de la mer, prévue pour 2100, aura aussi des conséquences en France métropolitaine. Il y aura une intrusion plus fréquente des eaux salées en Camargue (Bouches-du-Rhône) et dans les marais de la Grande Brière (Loire-Atlantique).
Q : Les cyclones, inondations catastrophiques et sécheresses record de 2002 sont-ils dus au changement climatique ?
R : Les événements catastrophiques de 2002 vont dans le sens de ce qu’on attend. Chaque fois qu’on voit des événements de ce genre, on a tendance à dire que ca va dans le sens des prédictions des scientifiques. Mais on ne peut pas être plus affirmatif.
Q : Peut-on encore stopper le changement climatique ?
R : Il faut redescendre à 2 ou 3 milliards de tonnes d’émissions mondiales de gaz à effet de serre dans la 2ème partie du 21e siècle alors qu’on est déjà aujourd’hui à 7 milliards. Si on ne fait rien, on sera à 20 milliards en 2100.
Diviser par plus de deux les émissions mondiales d’ici la fin du siècle nécessitera des mesures radicales. Mais même si on les prend, on ne voit pas comment on évitera le changement climatique. Quoi qu’on fasse, la température du globe augmentera d’au moins 1,5 degré en 2100 et elle ne pourra être stabilisée que vers 2200.
L’inertie de l’océan est encore pire. Si le niveau de la mer a augmenté de 50 cm en 2100, il va augmenter de 50 cm chaque siècle irrémédiablement.
Dans 400 ans, on aura probablement une hausse de deux mètres. Ca devient très important, y compris pour des pays comme la France.