
L’Australie minimise le rechauffement climatique
Alors que le protocole de Kyoto fete sa premiere annee de mise en œuvre, des scientifiques du pays accusent le gouvernement d’avoir exerce des pressions pour qu’ils taisent leurs opinions sur le rechauffement climatique. Etrange cadeau d’anniversaire. Alors que le protocole de Kyoto fete aujourd’hui sa premiere annee de mise en œuvre apres huit ans de suspense depuis sa signature (1997), le gouvernement australien est accuse par trois scientifiques d’exercer des pressions pour taire leurs opinions sur le rechauffement climatique. Selon l’un d’eux, Graeme Pearman, ancien directeur du climat a l’Organisation de recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (Csiro), les hautes autorites australiennes, qui refusent de ratifier le protocole de Kyoto, l’ont incite a ne rien declarer qui soit en contradiction avec la politique officielle du pays. L’un de ses collegues, Barrie Pittock, un autre cadre du Csiro, a affirme avoir ete oblige de retirer d’une publication gouvernementale des informations sur l’impact du rechauffement climatique. Le protocole de Kyoto instaure, pour les 34 pays riches qui l’ont ratifie, un objectif de reduction des emissions de Gaz a effet de serre (GES) de 5,2 % en moyenne d’ici a 2012 par rapport a 1990. La demarche, qui ajoute une contrainte evidente pour les activites economiques, temoigne de ce fait du serieux que les responsables politiques accordent a la question des variations climatiques et de ses dangers sociaux et environnementaux, et a la necessite de ralentir le processus de dereglement climatique. Pourtant des pays importants, comme les Etats-Unis, premier pollueur avec 25 % des rejets de CO2 dans le monde, ou l’Australie refusent toujours de ratifier ce protocole. Le president Bush invoque tour a tour la necessite de ne pas mettre en peril la rentabilite des entreprises americaines, ou l’avantageuse position des pays emergents (Chine, Bresil...) qui ne sont astreints a aucune reduction d’emission alors que leur consommation d’energie croit de maniere exponentielle.
Cacophonie internationale. Cette cacophonie internationale mine de l’interieur l’efficacite du dispositif de Kyoto et hypotheque la strategie de lutte contre le rechauffement. Pour surmonter ces difficultes, les pays qui l’ont ratifie reflechissent aux moyens d’associer plus activement les pays emergents aux objectifs de reduction selon une formule respectueuse de leur propre developpement. Ces sujets ont ete au cœur de la derniere conference sur le climat qui s’est tenue fin decembre a Montreal, sous l’egide des Nations unies. L’Europe a obtenu que soient lancees des discussions pour l’instant informelles sur le regime des reductions qu’il faudra appliquer apres 2012, date limite couverte pour l’instant parle protocole.
« Les pays concernes feront connaitre leurs propositions en deux temps mi-mars et mi-avril », rapporte Morgane Creach, chargee de mission a Reseau action climat France. En attendant, les pays industrialises concernes peinent a atteindre les objectifs actuels pourtant modestes, constate cette militante.
La Tribune, 21/02/06 Laurent Chemineau