
ENTRETIEN Philippe Quirion Réseau Action Climat
Propos recueillis par
Volodia Opritchnik
Lettre n°24 JUILLET-AoÛT 2006
Économiste spécialiste des questions d’environnement, Philippe Quirion préside aussi aux destinées de la branche française du Réseau Action Climat, l’une des rares ONG françaises ayant vraiment pignon sur la rue climatique. Entretien.
Dix ans après sa création, quel regard portez-vous sur le RAC-F ?
Philippe QUIRION : La branche française du Réseau Action Climat mondial a été créée, comme toutes les autres, pour suivre et tenter de peser sur les négociations internationales sur le changement climatique. Lorsque j’y suis arrivé, en 1999, la période était presque euphorique. Même imparfait, le protocole de Kyoto avait été signé et il s’agissait de le mettre en œuvre. Nous avons vite déchanté.
À cause de la présidence Bush ?
Philippe QUIRION : Oui, mais il y a eu aussi l’échec de la conférence de La haye fin 2000. À partir de ce moment-là, la période est devenue négative.
Il existe dans le monde environnementaliste de grandes associations qui
sem- blent capables de suivre les négociations climatiques. Quelle est la
spécificité du RAC ?
Philippe QUIRION : Ces négociations sont particulières. Elles sont d’une grande technicité et l’on négocie souvent sur une dizaine de sujets à la fois. D’où la nécessité pour nous d’avoir des spécialistes au sein de nos adhérents.
En France, combien êtes-vous ?
Philippe QUIRION : Trop peu. L’association emploie quatre experts à plein temps. Et fait travailler en parallèle une trentaine de bénévoles qui sont, eux aussi, de bons connaisseurs des dossiers que nous suivons. Nous travaillons aussi avec nos associations membres, un peu plus d’une quinzaine.
La France semble finalement peu vous intéresser...
PhILIPPE QUIRION : C’était vrai dans les premières années, celles durant lesquelles on négo- ciait sur le protocole et son application. Aujourd’hui que tout cela est lancé, nous travaillons dans l’hexagone. En fait, cela a commencé, en 1999, lors de l’élaboration du plan national de lutte contre le changement climatique (PNLCC). Depuis, nous intervenons très régulièrement sur le débat franco-français.
Pour critiquer, j’imagine...
Philippe QUIRION : Bien sûr, mais pas seulement. Nous avons salué la publication des ex- cellents rapports parlementaires Kosciusko-Le Déaut (lire L’Usine à GES n°23) ou Deneux, comme il se devait. Nous regardons aussi avec beaucoup d’intérêt le rapport de la mission de Boissieu. Cela étant, nous sommes aussi un aiguillon, notamment lors de l’élaboration du PNAQ français.
Un sujet difficile...
Philippe QUIRION : Oui, surtout que toutes les institutions impliquées ne sont pas, volon- tairement ou non, les meilleurs défenseurs de l’intérêt public.
C’est-à-dire ?
Philippe QUIRION : Parce qu’elle a été à moitié démantelée et déchue de son statut inter- ministériel, la Mies est devenue inaudible. La direction générale des entreprises du ministère de l’Industrie s’aligne systématiquement sur les positions du Médef. Ce qui n’est pas le cas, reconnaissons-le, de la direction générale de l’énergie et des matières premières du même ministère. A Bercy, on trouve parfois des alliés sur certains sujets, notamment au sein de la direction générale du Trésor et de la politique économique.
Quid du ministère de l’Écologie ?
Les ministres passent et les conseillers restent.
Aujourd’hui, que le sujet climatique commence à être repris par quelques rares politiques, allez-vous encore plus vous impliquer dans le débat français ?
Philippe QUIRION : La proximité des élections présidentielle et législative nous y invite. Au cours de ces prochains mois, nous entendons travailler d’ avantage sur la promotion de l’efficacité énergétique. Car nous pensons que le système des certificats blancs sera très insuffisant. Lors de notre dernière assemblée générale, il est ressorti qu’il y avait un vrai be- soin de suivre aussi les politiques. Nous mettons en avant 10 mesures pour lutter contre le changement climatique, que nous demandons aux candidats aux présidentielles et législatives d’inscrire dans leur programme. Nous allons aussi regarder de plus près ce que font les dépu- tés et les sénateurs pour ou contre la lutte contre le changement climatique. Et le résultat de notre surveillance sera bien sûr rendu public.