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De Rio à Johannesburg : le climat
date 25 juin 2003
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Johannesburg devait en premier lieu établir un bilan des politiques menées depuis 1992, au regard des objectifs déclarés dans les textes : stabiliser le climat, protéger la biodiversité etc. Il devait en deuxième lieu tirer les conclusions qui s’imposaient et remédier aux éventuelles insuffisances des politiques mises en place depuis 10 ans. A Rio, 170 Etats avaient décidé de ramener leurs émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990 avant 2010. Mais au cours des dix dernières années, ces émissions ont augmenté de 9% dans les pays de l’OCDE (18% aux Etats-Unis). Une conclusion simple aurait du s’imposer : les politiques n’ont jusqu’ici pas été à la hauteur de l’enjeu. Et pourtant, dans son ensemble, le Sommet accouche de déclarations moins ambitieuses que celles de Rio. Ceci signifie-t-il que les enjeux d’environnement sont enfin compris, 30 ans après Stockholm, ou a-t-on assisté à une nouvelle dérobade, à un nouveau report des mesures sérieuses ?

Rio avait conduit à la naissance de la Convention sur le climat de l’ONU, elle-même à l’origine du Protocole de Kyoto, outil qui devait conduire petit à petit à des concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre assurant un état acceptable du climat. Mais comment croire qu’il remplira l’objectif ainsi décrit s’il n’est pas impulsé par des objectifs plus ambitieux que ceux actuellement prévus pour 2012, c’est à dire une réduction des émissions de 5,2% par rapport au niveau de 1990 dans les pays industrialisés (qui, dans les faits, ne se traduira que par une stabilisation étant données les échappatoires prévues par le Protocole) ? En effet, le consensus scientifique estime qu’il faudrait dès aujourd’hui diminuer de 60 à 80% nos émissions pour obtenir une stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Avec la ratification de la Pologne et la promesse de la Russie de faire de même, le Protocole de Kyoto renoue avec l’espoir d’une entrée en vigueur prochaine, car ces deux ratifications permettront de dépasser le quorum nécessaire pour la mise en application concrète du Protocole et de ses instruments. On constate que la question n’est plus celle de l’existence du Protocole, mais celle de ses objectifs. Rappelons la seule allusion du Sommet de Johannesburg sur le climat : "Les Etats qui ont ratifié le Protocole de Kyoto appellent les Etats qui ne l’ont pas encore fait à ratifier le Protocole en temps et heure".

La question majeure est donc maintenant celle des objectifs de la Convention Climat au-delà de ceux du Protocole de Kyoto. Elle était l’objet des attentes, puis de la grande déception, de la société civile à Johannesburg. Plus que de la déception, c’est l’inquiétude qui a alors gagné la société civile. Car c’est elle qui est aux avant-postes pour faire face aux risques climatiques. Les inondations en Chine, en Europe, en Amérique du Sud, les sécheresses aux Etats-Unis, en Afrique et en Océanie sont là pour le rappeler. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, le nombre des grandes inondations est passé de 66 en 1990 à 110 en 1999. Les personnes tuées par ces catastrophes en 1999 sont deux fois plus nombreuses que n’importe quelle autre année de cette décennie. Il est grand temps d’agir. Le Président de la République Française l’a proclamé dans son discours de Johannesburg : il a montré que la conscience du problème était forte, mais a négligé de rappeler la faiblesse des actions de son gouvernement.

Faut-il aussi parler de l’énergie, aspect fondamental pour le problème du climat et pourtant lésé de tout objectif concret ? Le Plan d’action du Sommet prévoit uniquement d’ " accroître de manière urgente et substantielle la part globale des sources d’énergies renouvelables ". L’Union Européenne a proposé un objectif chiffré sur la part des énergies renouvelables dans le monde en 2010, les ONG en ont proposé un autre ; les deux propositions étaient tout à fait réalisables mais aucune n’a été retenue du fait d’une trop forte opposition des pays de l’OPEP.

Nous noterons cependant un point qui porte à l’optimisme : le Sommet aura permis une couverture médiatique importante des questions de développement durable et l’espoir réside plus que jamais dans la prise de conscience des citoyens. Enfin, ce Sommet aura encore montré l’isolement des Etats-Unis, en partie grâce à la décision prise par nombre de pays de ratifier enfin le Protocole de Kyoto.

Sabine Rabourdin 1. OCDE, environmental outlook 2001

2. Rapport 2001 du GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du climat, www.ipcc.ch)