
Comment la France veut moins polluer
LA FRANCE sera-t-elle au rendez-vous de Kyoto ?
Dominique de Villepin veut
y croire malgré les critiques acerbes des associations écologistes face au
maigre bilan du plan Climat lancé par le gouvernement il y a un peu plus
d’un an. L’accord international, rédigé au Japon en 1997, oblige les pays
signataires à baisser leurs émissions de gaz à effet de serre entre 2008 et
2012 à des niveaux inférieurs de 5,2 % à ceux de 1990, puis de les diviser
par quatre d’ici à 2050. Le plan français prévoit de stabiliser les
émissions en 2010 à leur niveau de 1990 (564 millions de tonnes de CO2),
soit une baisse de 54 millions de tonnes de CO2 par an.
Pour y parvenir, le Premier ministre a confirmé hier, à l’occasion d’une
première réunion de bilan du plan gouvernemental, quelques-unes des mesures
annoncées il y a quelques semaines pour réduire la pollution automobile et
favoriser la recherche sur les énergies renouvelables. Avant le 1 e r juin
2006, les concessionnaires automobiles devront ainsi étiqueter chacun de
leurs modèles neufs exposés à la vente en fonction de son degré d’émission
de CO2. L’Etat soutiendra également, à hauteur de 100 millions d’euros, un
projet de recherche pour concevoir « une voiture familiale qui consommera
moins de trois litres et demi aux 100 kilomètres ».
« Un éventail de mesurettes »
Les recherches en matière de logement « basse énergie » vont être soutenues. « L’objectif est que nous soyons capables, d’ici à cinq ans, de rénover des logements anciens pour qu’ils ne consomment que 50 kilowatts/heure par mètre carré pour le chauffage (NDLR : contre 200 en moyenne aujourd’hui) et de construire les premiers bâtiments produisant entièrement l’énergie nécessaire à leurs besoins », a expliqué Dominique de Villepin. Dès le milieu de l’année prochaine, une nouvelle réglementation imposera à toutes les constructions neuves une meilleure isolation qui devra faire baisser de 15 % la consommation d’énergie. Un « diagnostic énergétique » des logements sera obligatoire à partir de la mi-2006 lors de la vente et à partir de 2007 pour les locations. Ces trois mesures permettraient, selon le gouvernement, d’économiser près de 10 millions de tonnes de CO2.
« Toutes ces annonces qui apparaissent comme fortes et radicales dans la bouche du Premier ministre ne sont en fait qu’un éventail de mesurettes, accuse Olivier Louchard, coordinateur du réseau d’associations Action Climat. Elles ne suffiront absolument pas pour atteindre l’objectif fixé. L’idée de l’étiquetage des véhicules est intéressante mais rien ne garantit qu’elle aura un effet réel sur les critères d’achat des automobilistes. »
Les associations écologistes réclament des actions beaucoup plus volontaristes. Une « taxe proportionnelle, payable chaque année par les propriétaires de voitures en fonction des rejets de CO2 de leur véhicule » par exemple. Ou encore l’abaissement de la vitesse maximum autorisée sur autoroute de 15 km/h. « Cette mesure, que le ministre des Transports Dominique Perben a évoquée cet été, permettrait de réduire de 2 millions de tonnes les émissions de CO2 », estime Olivier Louchard.
"Le Parisien" Aymeric Renou
15 novembre 2005