
Sommet du G8 en écosse
Climat : un accord pour se mettre d’accord
Malgré la plaidoirie de Chirac, le « plan d’action » promis aujourd’hui ne bouleversera pas la donne.
C’est un accord qui masque bien des désaccords. Après des semaines de tractations musclées, les pays du G8 se seraient rangés hier derrière « un plan d’action » sur le climat. Problème : il n’a, en l’état, d’action que le nom. Ce texte (intitulé « Changement climatique, énergie et développement durable ») devait répondre à « un sujet capital, l’un des plus grands défis que doit relever l’humanité, terriblement angoissant », rappelait hier Jacques Chirac. A l’arrivée, c’est un plus petit dénominateur commun, sans aucune indication chiffrée, rien d’obligatoire... Bouleversé par les attentats de Londres, le « plan », qui devait être rendu public hier, ne le sera qu’aujourd’hui. Noyé dans la masse des communiqués.
Boxeur. Depuis le début, un bras de fer oppose les Etats-Unis à l’Europe, avec la France dans le rôle du boxeur. Dans les cordes au début des discussions, Washington s’en sort vainqueur aux points. Le « plan d’action » reconnaît que l’augmentation des besoins et de la consommation d’énergies fossiles ainsi que d’autres activités humaines contribuent (« en grande partie ») à l’accroissement des gaz à effet de serre. Mais au-delà des évidences, rien. La fameuse référence au protocole de Kyoto, que la France notamment exigeait de voir figurer, mais que les Etats-Unis rejetaient, serait évacuée simplement par cette phrase : « Ceux d’entre nous qui ont ratifié le protocole de Kyoto se félicitent de son entrée en vigueur et œuvreront pour en assurer le succès. » Fichtre !
Chirac, lui, y voit, disait-il hier soir, un « pas important, pas décisif, pas aussi loin que prévu. Il a le mérite de rétablir le dialogue entre les 7 et les Etats-Unis ». Blair évoquait hier matin « une approche mesurée » : « Nous n’allons pas négocier un quelconque traité de Kyoto ici à la réunion du G8. » Il fallait surtout tenter de dégager l’horizon pour... l’après-Kyoto, en 2012 à l’échéance du traité. Les regards des grands de ce monde se sont tournés vers... les pays émergents, dont la voracité énergétique s’envole, et leurs émissions de CO2 avec. « Avec une croissance de la demande mondiale de 60 % au cours des vingt-cinq prochaines années, nous ne pouvons plus continuer comme ça », a rappelé Chirac. Pas faux.
Effort. Et si les pays riches ont une responsabilité « première » à agir, les pays qui se développent vitesse grand V « doivent s’impliquer davantage », martèle Chirac. Les Huit leur ont demandé de rejoindre l’effort contre les gaz à effet de serre. Moyennant « de nouvelles sources de financement propres ».Convié à Gleneagles, le « G5 » (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud et Mexique) a gentiment renvoyé le G8 dans les cordes, rappelant qu’il n’avait pas d’obligation de réductions d’émissions. Que « les pays riches » devaient d’abord « remplir pleinement leurs obligations sur Kyoto... » Qu’il fallait, enfin, avancer sur la question de la propriété intellectuelle avant de parler transfert de technologie Nord-Sud.
Par Christian LOSSON - vendredi 08 juillet 2005
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