
Climat : l’avenir de Kyoto, toile de fond de la conférence de New Delhi
NEW DELHI (AFP) - 185 gouvernements de la planète se sont retrouvés mercredi à New Delhi pour de nouvelles négociations sur le changement climatique où ils s’affronteront pour la première fois à fleuret moucheté sur les moyens de renforcer la lutte contre ce phénomène au delà de 2010.
Ouvrant la conférence de dix jours, le ministre indien de l’Environnement T.R. Baalu a donné le ton : les pays du Nord, a-t-il déclaré, ont "le rôle principal à jouer" dans la réduction des gaz à effet de serre, aujourd’hui et "à plus long terme".
M. Baalu a relevé que "la hausse des températures se faisait déjà sentir", avec une fréquence accrue des inondations et des sécheresses et la perspective de famines consécutives à la baisse de rendement des cultures céréalières.
Le ministre a lancé un "appel pressant" aux pays développés n’ayant pas encore ratifié Kyoto. Il se référait à la Russie dont la ratification conditionne l’entrée en vigueur de Kyoto depuis le rejet de l’accord par les Etats-Unis.
La conférence est consacrée officiellement au suivi de la Convention climat de 1992 et aux dernières modalités techniques de Kyoto.
Elle doit notamment examiner le dernier rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (IPCC) qui rassemble 3.000 scientifiques sous l’égide de l’ONU.
Le document confirme que les activités humaines réchauffent le climat en rejetant des gaz à durée de vie extrêmement longue comme le CO2. Il rappelle que la Convention s’est fixée pour objectif de stabiliser la concentration de ces gaz dans l’atmosphère à un niveau non dangereux pour le climat.
"Les émissions par habitant de tous les pays doivent tomber à un niveau inférieur au niveau actuel des pays en développement" si l’on veut respecter l’objectif de la Convention, avertit l’IPCC.
Aujourd’hui, les pays du Sud émettent par habitant six fois moins que ceux du Nord. Mais leurs émissions augmentent globalement de 3,5% par an contre 1% pour celles du Nord et devraient rattraper ces dernières en 2020, écrit-il.
Pour le Nord, ces projections nécessitent d’impliquer progressivement les pays en développement dans la maîtrise des gaz à effet de serre. Pour le Sud, elles signifient que les pays industriels doivent réduire bien davantage leurs émissions qui représentaient encore, selon l’Agence internationale de l’énergie, 61% des rejets mondiaux de CO2 en 2000 contre 68% en 1990. Et aider beaucoup plus les pays pauvres à faire face à des catastrophes dont ils ne sont pas responsables.
Ce clivage, sous-jacent dans toutes les négociations climatiques, va pour la première fois prendre de l’ampleur avec l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto escomptée en 2003.
Le protocole impose aux pays industriels d’abaisser de 5,2% leurs émissions de gaz à effet de serre dont le CO2 en 2008-12 par rapport à 1990.
Il ne prescrit actuellement que des inventaires d’émissions aux pays du Sud. Mais il prévoit de nouveaux engagements par périodes de cinq ans successives, les négociations pour 2013-2017 devant s’engager au plus tard en 2005.
Plusieurs pays européens ainsi que le Japon et le Canada sont partisans d’échanges de vue informels à New Delhi sur l’organisation de ces négociations qui s’annoncent extrêmement complexes. M. Baalu a rappelé indirectement mercredi que les grands pays du Sud rejetaient tout engagement chiffré susceptible d’entraver leur décollage économique.
Il proposera à ses collègues attendus du 30 octobre au 1er novembre l’adoption d’une "Déclaration de Delhi". Il a confirmé son intention d’axer ce texte sur le "développement durable". Ce qui augure mal d’une référence à une "action future" en faveur du climat.