
Climat : dans l’air du temps
Le dérèglement climatique fait irruption dans le débat politique et sociétal français. Alors que s’ouvre à Nairobi, le 6 novembre, la conférence annuelle des Nations unies consacrée à la question, les présidentiables font assaut de convictions écologistes. De leur côté, les associations françaises participent, pour la première fois, à la journée internationale d’actions organisée en prélude, le 4 novembre.
Ca y est : la menace climatique semble avoir enfin franchi le rempart de l’ indifférence politique. À gauche comme à droite, à quelques mois de la présidentielle, on lance des ballons d’essai, on parle de l’urgence à passer à la vitesse supérieure en matière d’environnement, et particulièrement à propos de la « mère » des préoccupations : le dérèglement du climat.
Le 6 octobre, s’ouvrent à Nairobi (Kenya), et pour onze jours, les conférences annuelles de suivi de la Convention sur les changements climatiques des Nations unies et du protocole de Kyoto (voir encadré). À cette occasion, la communauté militante internationale, comme elle le fait depuis quelques années maintenant, appelle à une grande journée de mobilisation, le samedi 4 novembre, qui verra des initiatives publiques émerger dans des dizaines de pays. La France, après un test timide l’an dernier, a décidé de rejoindre le mouvement.
« Nous sentons que les choses bougent », souligne Olivier Louchard, coordinateur du Réseau action climat France (RAC-France), qui assure l’ animation de la mobilisation nationale.
L’environnement, et d’abord le dérèglement climatique, figurera-t-il en tête des débats de la campagne présidentielle, l’an prochain ? Alors que le silence régnait lors de la campagne 2002 - sauf de la part des écologistes, bien entendu -, les candidats potentiels pour le scrutin de 2007 se sont pratiquement tous déclarés sur cette question au cours des derniers mois. À droite, le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, tâte ouvertement le terrain depuis plus d’un an, réclamant « une rupture ». Fin mai, le ministre de l’Intérieur recevait le très en vue Nicolas Hulot, afin qu’il « mobilise » les préfets sur les questions environnementales. Nicolas Sarkozy vient de se prononcer en faveur du « ferroutage » (transport des camions par voie ferrée sur certains tronçons) et du transport fluvial. En tant que Président du conseil général des Hauts-de-Seine, il prend aussi des initiatives en faveur du développement durable, telle cette récente formation à l’effet de serre et au dérèglement climatique destinée aux permanents du Conseil et aux cadres départementaux.
La question nourrirait-elle un nouveau front intérieur à l’UMP ? Toujours est-il que le Premier ministre, Dominique de Villepin, a surpris son monde début octobre, en annonçant lors de sa conférence de presse mensuelle, une série de mesures pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. On n’en attendait pas avant début novembre, à l’occasion de la mise à niveau du Plan climat français, qui date de juillet 2004.
À droite, le plus offensif de tous est cependant François Bayrou. Lors d’un colloque organisé par son parti en avril dernier, le président de l’UDF a présenté le changement climatique comme « la seule menace prévisible du XXIe siècle ». Selon lui, elle nécessitera « d’avoir le courage de dire aux Français qu’il faut modifier nos modes de vie », faute de quoi, l’humanité se dirigera vers « la pire crise qu’elle ait rencontrée ». Fin août, le futur candidat centriste s’est même engagé à faire du changement climatique « une question clé de l’élection présidentielle ».
Chez les socialistes, si Dominique Strauss-Kahn commence à découvrir l’ importance du problème, son concurrent à l’investiture présidentielle Laurent Fabius creuse le sillon environnemental depuis plusieurs années en se présentant comme le héraut d’une « social-écologie ». Ségolène Royal, aidée par un passage fugace au ministère de l’Environnement entre 1992 et 1993, réclame elle aussi des « choix de rupture » dans le domaine de l’ environnement. Elle fait miroiter les « opportunités extraordinaires » en matière d’emploi qu’ouvrirait une France « locomotive de l’Europe » dans le domaine de la lutte contre la pollution et l’effet de serre.
Couronnement, le 11 octobre dernier, à l’occasion de la projection privée du documentaire Une vérité qui dérange, de l’ex-vice président étasunien Al Gore, devant près de trois cents parlementaires et autres élus qui l’ont ovationné. « Il faut que ce film soit à l’origine de la prise de conscience de la gravité du réchauffement climatique », a estimé Jean-Louis Debré (UMP), président de l’Assemblée nationale. Élisabeth Guigou (PS), résumant un état d’esprit qui semble largement partagé, a estimé qu’il faudrait désormais « un consensus politique, et que toutes les forces politiques soient unies autour de ce dossier, car il s’agit d’une question morale ».
Les Verts boivent du petit lait devant cette surenchère... Et ont du souci à se faire en prévision d’une évasion potentielle de suffrages : la lutte contre le dérèglement climatique est depuis longtemps l’une de leurs thématiques identitaires. Les signes d’ouverture - nouveauté - envoyés depuis juin dernier par le parti vert aux principaux autres leaders écologistes ont, certes, pour objectif de renforcer leur pôle politique dans la campagne électorale, mais la question d’une « tête de liste » commune n’est pas réglée. Dominique Voynet (Verts) se verrait bien légitime, mais Corinne Lepage (Cap 21) ne l’entend pas ainsi. Et Nicolas Hulot, personnalité montante de l’écologie et lobbyiste très combatif sur la question climatique, devrait dévoiler ses intentions pour la présidentielle la semaine prochaine.
Pour la première fois également, le monde associatif a élevé le niveau de ses prétentions dans la perspective 2007. Les plus importantes associations écologistes ont scellé, au printemps dernier, une Alliance (soixante-douze organisations fin octobre) visant à défendre une plateforme de positions communes, déclinées en une quinzaine de thématiques.
« Nous allons interpeller tous les candidats et noter leurs programmes », explique Sandrine Mathy, présidente du RAC-France et l’une des porte-parole de l’Alliance. Un « Observatoire de la maison qui brûle » (1) sera créé pour suivre le devenir des promesses et dénoncer les manquements. Signe que le temps change, et que les partis flairent des parts de « marché politique » à saisir, le RAC-France a été reçu, à sa demande, par toutes les universités d’été - « sauf celle de l’UMP », précise Olivier Louchard (2) -, auxquelles « 10 mesures prioritaires » pour lutter contre la menace climatique ont été présentées (3). Le réseau attend, désormais, les prises de position officielles des partis.
Lire l’ensemble du dossier dans Politis n° 924
(1) Allusion au discours de Jacques Chirac lors du Sommet du développement durable de Johannesburg, en 2002.
(2) Le Front national n’a pas été sollicité.
(3) Voir le site Internet : www.rac-f.org
Patrick Piro jeudi 2 novembre 2006 Politis
http://www.politis.fr/article1864.html