
Climat : Etats-Unis et Chine au centre des débats
« HISTORIQUE » ! C’est ainsi que l’ONU juge la première conférence des signataires à la mise en œuvre du protocole de Kyoto (Cop/Mop 1) depuis son entrée en vigueur le 16 février dernier, qui s’ouvre aujourd’hui à Montréal et devrait attirer de 8 000 à 10 000 participants. Au total, 180 pays vont étudier pendant deux semaines les modalités d’application futures de ce traité international signé en 1997, visant à lutter contre le changement climatique.
Le principal enjeu de cette réunion, à laquelle une centaine de ministres vont se joindre à partir du 7 décembre, sera la définition des règles du jeu pour la période ultérieure à 2012. Car le cadre réglementaire du protocole a été arrêté seulement jusqu’à cette date, fin de la première période d’engagement. D’ici là, seuls une trentaine de pays industriels devront avoir réduit leurs émissions de gaz à effet de serre, jugées responsables du réchauffement de la planète, en moyenne de 5,2% par rapport au niveau de 1990. Et encore, bien peu seront en mesure d’y parvenir, le Canada et le Japon étant particulièrement en mauvaise posture. En tout état de cause, le protocole de Kyoto sera insuffisant à enrayer la tendance, puisqu’il englobe seulement 35% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
En attendant, la pollution continue. Comme l’ont rappelé quinze sociétés savantes, à l’initiative de la Royal Society britannique, la communauté scientifique internationale est désormais sûre « à 90% que la température moyenne va continuer de s’élever (...) et que cette hausse va s’accompagner d’une montée du niveau des mers, d’une plus grande fréquence d’événements climatiques importants ». Nombre d’ONG suggèrent donc de limiter l’augmentation de la température à 2 °C d’ici à 2050.
Les Etats-Unis refusent toujours Kyoto
Aussi l’Union européenne prend-elle une nouvelle fois son bâton de pèlerin pour défendre l’idée d’un nouvel accord international à l’horizon de 2020, qui engagerait plus de pays. En ligne de mire figurent au premier chef les Etats-Unis, qui refusent toujours de ratifier Kyoto, et les pays en développement, exonérés de tout engagement de réduction chiffré jusqu’en 2012. Or les Américains refusent de rallier Kyoto tant que la Chine et l’Inde, notamment, n’auront pas de contrainte. « La question n’est désormais plus celle d’une ratification du protocole par les Etats-Unis, mais bien d’une réflexion sur le type d’accord qui permettrait d’intégrer après 2012 ce pays dans un système d’engagements contraignants compatible avec sa stratégie carbone », analyse Romain Frémont, de la Caisse des dépôts, dans la lettre Mission Climat de l’institution.
Aussi, dans un souci d’associer les Etats-Unis à la discussion, le Canada a-t-il mis ce sujet à l’agenda de la 11e conférence de suivi de la convention climat (Cop-11), qui se réunit en parallèle à Montréal et que les Etats-Unis ont ratifiée. En revanche, le premier pollueur de la planète a un simple statut d’observateur à la Cop/Mop 1, réservée aux pays signataires de Kyoto.
La Chine et l’Inde, poids lourds du Sud qui arbitreront le débat annoncé entre l’UE et les Etats-Unis, redoutent de leur côté que des contraintes futures n’entravent leur développement.
« La Chine manifeste officieusement sur le sujet une plus grande ouverture que dans le passé », fait toutefois remarquer Raphaëlle Gauthier, du groupement d’ONG Réseau Action Climat.
Pour l’heure, il est inconcevable d’imposer à ces pays des engagements chiffrés contraignants de réduction, comme pour les pays industrialisés. Aussi des pistes de réflexion seront-elles lancées sur les autres modalités envisageables, adaptées aux contraintes de chaque pays.
Prudence des milieux industriels
« Il faut un signal fort sur l’« après-2012 », sinon on court le risque qu’après 2008 plus aucun projet n’avance », lance le ministre français de l’Ecologie Nelly Olin, qui promet que la France se battra pour que « cette conférence s’achève sur une position forte ». Les milieux industriels attendent en effet que des incertitudes soient levées pour entreprendre des investissements coûteux qui ne seront rentabilisés que s’ils sont assurés de se voir récompensés en retour, via les « Bourses du CO2 » qui commencent à se mettre en place, comme en Europe. Un renforcement des moyens financiers des organes de l’ONU chargés de valider les « mécanismes de développement propre », qui permettent aux pays industrialisés d’investir dans des projets dans les pays en développement en échange de crédits, également à l’ordre du jour de la réunion, fait partie des autres décisions très attendues. Ainsi qu’un mécanisme de contrôle et de sanction des moins vertueux.Première conférence des signataires du traité depuis son entrée en vigueur en février.
Caroline de Malet [28 novembre 2005]
Le Figaro
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