logo
LES MEMBRES
greenpeace
wwf
lpo
oxfam} alofa tulavu
4d
gret
helio
hespul
cler
amis de la terre
agir pour l'environnement
fnaut
fub
solar generation
reseau sortir du nucleaire
cniid
wecf
associations locales

MAILING LISTE

La liste climat du RAC-F vous permet de recevoir et d’envoyer des informations sur les changements climatiques.
S'abonner Se désabonner
attention ça chauffe
can
illustration
Chirac appelle à réguler le développement
date 3 septembre 2002
texte+ texte- impression envoyer l'article par mail google twitter facebook

Johannesburg : de l’un de nos envoyés spéciaux Jean-Louis Validire [03 septembre 2002]

L’arrivée des chefs d’Etat et de gouvernement a dopé les travaux du Sommet de la Terre qui a pratiquement réussi à mettre sur pied une déclaration politique dont la principale originalité réside dans la part accordée au partenariat entre le public et le privé. « Nous reconnaissons que le processus de globalisation s’accompagne de l’émergence d’entreprises privées de pointe qui ont une responsabilité dans l’évolution des communautés et des sociétés, même si elles poursuivent leurs activités légitimes », affirme le texte. Cette reconnaissance du rôle indispensable des entreprises est certes nuancée par le rappel de la nécessité de l’existence de la transparence et de la responsabilité sociale du secteur privé. Mais cette déclaration marque indéniablement une inflexion vers une vision moins étatiste et multilatérale du développement. Ce qui ne veut pas dire pour autant que tous les gouvernements qui l’ont acceptée partagent réellement cette conception. Ainsi, Hugo Chavez, le bouillant président du Venezuela, qui est en même temps porte-parole du groupe des 77, qui inclut la Chine et Cuba, n’a pas eu de mots assez durs pour fustiger le néolibéralisme. Intervenant tout au début de la séance plénière de l’assemblée générale qui a débuté hier matin, il a demandé que l’on reconnaisse que « la pauvreté est une conséquence des modèles de développement soutenus dans le monde entier par les puissants ». Refusant de combattre l’incendie sans condamner les incendiaires, Chavez s’est fait l’avocat de mesures multilatérales puissantes et symboliques notamment par la création d’un « Fonds humanitaire international ». Ce Fonds, a-t-il expliqué, « rigoureusement obligatoire, devrait être abondé par 10 % des dépenses militaires du monde et 10 % de la dette externe que les pays pauvres nous paient ». Une intervention musclée, représentative d’une sensibilité marginalisée dans le courant de la pensée économique dominante. « Le néolibéralisme est inhumain, le développement doit être humain », s’est exclamé Chavez dans des propos qui trouvent un écho au-delà du champ du groupe des 77.

Ainsi Jacques Chirac, dans une tonalité bien entendu fort différente, a-t-il placé son intervention dans la perspective d’une régulation multilatérale du développement. « Il est temps de reconnaître qu’il existe des biens publics mondiaux que nous devons gérer ensemble », a estimé le président de la République française qui a dégagé devant l’assemblée l’architecture nécessaire du contrôle du développement. « Pour assurer la cohérence de l’action internationale, nous avons besoin d’un Conseil de sécurité économique et sociale », reprenant l’idée qu’il avait déjà lancée à Monterrey. De même est-il une nouvelle fois revenu sur sa proposition de création d’une Organisation mondiale de l’environnement « pour mieux gérer l’environnement, pour faire respecter les principes de Rio ».

Et, hier, il a ajouté une pierre supplémentaire à cet édifice en déclarant : « Pour vérifier l’application de l’agenda du 21 et du plan d’action de Johannesburg, la France propose que la Commission du développement durable soit investie d’une fonction d’évaluation par les pairs, comme cela existe par exemple à l’OCDE. » Pour donner plus de poids à cette suggestion, Jacques Chirac a indiqué que la « France était prête à se soumettre la première à cette évaluation ».

Dans sa déclaration, la France a voulu s’inscrire dans une perspective à long terme. Les pays membres ne sont pas encore persuadés de la nécessité de nouvelles institutions, certains, dont les Etats-Unis, y sont carrément hostiles. La France estime, cependant, qu’on ne pourra pas faire l’économie d’un nouveau type de contrôle si l’on veut rendre l’idée de développement durable crédible et efficace.

Les autres interventions sont restées plus classiquement dans le cadre du sommet. La quasi-unanimité des Européens et des intervenants ont lancé un appel à la signature du protocole de Kyoto ; Jean Chrétien, le premier ministre du Canada, a même fait part de son intention de le signer. Les pays « riches » ont fait assaut de générosité pour indiquer qu’ils augmenteraient leur aide publique au développement et assuré de leur volonté absolue d’ouvrir les marchés aux plus pauvres. Ce qui n’a pas empêché quelques règlements de comptes politiques, au détour de petites phrases. Ainsi Tony Blair s’est-il fait applaudir en affirmant sa volonté « d’ouvrir le commerce mondial, en particulier aux produits agricoles ». Une pierre dans le jardin de la France, vouée aux gémonies par les pays partisans d’une suppression à marche forcée des subventions agricoles. Dans le registre du non-dit, la palme est revenue à Silvio Berlusconi qui a soigneusement évité de prononcer le mot environnement lors de son intervention.

Derrière la déclaration politique, compromis laborieux entre des conceptions divergentes, c’est l’écriture du plan d’action encore en gestation hier soir qui met en évidence les différences d’appréciation sur le développement. Les partisans d’un contrôle multilatéral, dont la France et l’Europe, sont aussi ceux qui veulent donner un contenu chiffré aux objectifs.