
"Après-Kyoto" : la Chine pose ses conditions
La Chine est prête à contribuer à la lutte internationale contre le changement climatique mais refuse des engagements trop contraignants qui freineraient son développement, a indiqué lundi le chef de la délégation chinoise à la conférence de Buenos Aires sur le changement climatique.
"Nous sommes un pays en développement, il n’est pas encore question pour nous de prendre des engagements de réduction" de nos émissions de gaz à effet de serre, déclare M. Gao Feng dans une interview à l’AFP.
"Il n’est pas question que nous réduisions notre demande d’énergie qui va continuer de croître durant les 30 à 50 prochaines années", dit-il.
Les émissions de CO2, le principal gaz à effet de serre, étant surtout liées à l’usage des énergies, il n’y aurait "rien d’étonnant" à ce que la Chine devienne "dans 20-30 ans" le premier émetteur planétaire de gaz à effet de la planète, relève M. Gao.
La Chine est déjà aujourd’hui le deuxième émetteur mondial derrière les Etats-Unis mais ses rejets par habitant sont huit fois moins élevés, rappelle-t-il.
Elle est ouverte à la négociation d’un nouveau traité international destiné à prendre à partir de 2013 le relais du protocole de Kyoto. Ce nouvel accord devra être "très flexible", martèle-t-il, à la fois pour ne pas entraver le développement du Sud et pour permettre le retour des Etats-Unis, qui ont rejeté Kyoto.
"Nous le jugerons à l’aune des obligations qu’il nous imposera et de son architecture globale", indique-t-il. "L’attitude des Etats-Unis sera un facteur de décision important" pour la Chine mais il est impossible de dire a priori si une nouvelle défection américaine conduirait Pékin à ne pas ratifier le nouveau traité, précise-t-il.
Kyoto impose aux pays industriels à l’horizon 2012 des réductions de six gaz à effet de serre, notamment le CO2 (gaz carbonique), dont les rejets par les usines et les voitures réchauffent l’atmosphère.
Les pays en développement, y compris les pays émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil qui l’ont ratifié, ont essentiellement des obligations d’inventaire.
La conférence de Buenos-Aires, qui s’est ouverte le 6 décembre, traite officiellement du suivi de la Convention climat, le premier accord de l’ONU sur l’effet de serre, et de la mise en place du protocole de Kyoto, qui a durci la Convention et va entrer en vigueur en février.
Mais c’est un sujet absent de l’ordre du jour, les suites à donner à l’accord de Kyoto au vu de l’accélération du changement climatique, qui va mobiliser les quelque 90 ministres de l’Environnement de la planète attendus pour les trois derniers jours (15-17 décembre).
Les Européens veulent un Kyoto-bis qui renforce, après 2012, les engagements de réduction des pays industriels et associe pour la première fois, sous une forme moins contraignante, quelques pays émergents.
Pour la délégation américaine, Kyoto et Kyoto-bis sont des chiffons rouges. Le G-77 (pays en développement) est profondément divisé sur le sujet. La Chine pour sa part, a précisé M. Gao, ne ratifiera un accord post-2012 qu’à quatre conditions. En premier lieu "il devra respecter (les principes de) la Convention", selon lesquels les pays industriels doivent faire l’essentiel de l’effort et aider financièrement et techniquement les pays du Sud à remplir leurs obligations. Il devra promouvoir "le développement durable", c’est-à-dire ne pas entraver la croissance économique et le développement. Il devra multiplier les modalités de mise en œuvre (bottom-up approach). Enfin il devra encourager "les (nouvelles) technologies".